PRIMES OU EMPLOI ?
Publié le 19 Août 2009
CGT : POURQUOI CES INJURES ?
Je viens de lire dans la presse bourgeoise la déclaration du délégué Mathieu de la CGT
Continental qu’il a faite de vive voix à France-Info.
Je suis outré.
Des termes insultants, dignes de ces patrons du temps passé qui employaient ce langage injurieux à l’égard des militants et dirigeants syndicaux.
Je pensais que ces injures ne pouvaient être que l’apanage de nos ennemis de classe tel Sarkozy qui l’a employé contre les jeunes de la banlieue de la Courneuve et d’Argenteuil.
Le camarade Mathieu a peut-être été pris par son emportement.
On peut avoir des désaccords, notamment avec son organisation syndicale : qui n’en n’a pas eu dans sa vie militante !
N’oublions pas que la CGT est une organisation confédérée, démocratique et que chaque organisation qui la compose détient sa propre légitimité pour s’exprimer et notamment ses syndicats.
Cependant, il faut garder raison et considérer qu’il y a des limites dans le débat démocratique et que l’invective et l’insulte ne sont pas la marque de notre syndicalisme CGT.
Mathieu, pour appuyer ses injures, indique « que la CGT, on ne les a pas vus » : peut-être y a-t-il eu des désaccords de fond ?
Pour ma part, je ne partage pas ces trocs qui se multiplient et consistent à trouver la meilleure prime de licenciement et à laisser filer l’emploi parce qu’on ne croit plus à la lutte pour préserver le potentiel industriel et l’emploi.
Cela me rappelle la CFDT des années 79 et 84 dans la sidérurgie où cette organisation dirigée par Chérèque (le père de l’actuel secrétaire Gal de la CFDT) a acceptée la liquidation de la sidérurgie lorraine moyennant des primes et des départs massifs et au bout une région meurtrie et qui ne s’est pas relevée d’une telle déchirure.
Je suis plus que jamais persuadé que des mobilisations de cette importance devraient être consacrées à la vie plutôt qu’à la mort de l’emploi.
L’orientation décidée d’obtenir la meilleure prime de départ possible et de cesser la lutte pour le maintien de l’entreprise ne correspond pas à l’orientation de la CGT et notamment de sa démarche pour une sécurité sociale professionnelle protégeant l’emploi en toute circonstance.
La présence du Secrétaire Général de la CGT, dans ce cas, et au fil des négociations avec les patrons de Continental et le pouvoir Sarkozien, n’aurait-elle pas servie de blanc-seing pour des opérations du même genre ailleurs ?
Cela n’aurait t’il pas été interprété comme un ralliement de la CGT, où, face à la crise, face aux effets d’aubaine dont profitent les patrons, ceux-ci pourraient considérer qu’ils ont le feu vert et l’accord national de la CGT pour fermer en France des entreprises, liquider l’emploi industriel : en quelque sorte nous faire adhérer à une démarche d’acceptation de la crise et de ses conséquences sur les travailleurs.
Je n’ai pas adhéré à la CGT pour une telle orientation.
Il me semble que l’orientation de classe de la CGT n’est pas celle d’accepter un marché « donnant-donnant » où l’on troque l’outil industriel, l’emploi contre des primes même importantes.
Je souhaite d’ailleurs, que lors du prochain congrès de la CGT soit débattue cette question. Des luttes actuelles montrent que l’on peut battre le capital international et maintenir des entreprises et l’emploi en ne tombant pas dans ce que j’appellerai la fatalité de la crise et le sauve qui peut.
Le syndicalisme CGT n’est pas celui du moindre mal.
Bernard LAMIRAND
Commentaires par Courriel:Bonjour Bernard,
J'ai apprécié ta mise au point concernant la déclaration du porte parole de
la CGT de Continental.
En effet, en plus des propos que je ne partage pas, je suis très inquiet de
constater cette dérive de course à la prime au départ qui semble se
généraliser dans la plupart des conflits et qui abandonne la lutte pour le
maintien de emploi,
J'ai le sentiment que l'idéologie libérale a pénétré profondément les
salariés, y compris des syndicalistes, qui dès l'abord considèrent que la
destruction des emplis est une fatalité, qu'il n'y a pas d'autre solutions
et que la seule chose à faire est de négocier une prime de départ la plus
élevée possible pour attendre des temps meilleurs.
C'est à mon avis une tendance grave.
Amitiés
Francisco Garcia
TAHAR BEDJAOUI SBFM
Thierry Aury
Salut Bernard,
Tu as eu raison de réagir car les propos dépassent en effet la mesure.
Tu as aussi raison fondamentalement sur le contenu de la bataille qui a été délibérément orientée dans cette direction par LO et Spirzko qui présentait le "combat Chausson" comme un modèle.
En même temps, personnellement et au nom du Parti, je me suis toujours gardé de paraître "donner des leçons" aux salariés de Continental sur ce qu'il faut faire car évidemment la bataille dans le cadre actuel est difficile et semée d'embûches et de contradictions ; et « on partait de loin » comme on dit avec la situation syndicale et politique chez Continental : acceptation majoritaire avec la CFTC de l’accord d’allongement du temps de travail ; CGT très minoritaire et sous influence de LO ; et certainement vote majoritaire des salariés pour Sarkozy en 2007 ( j’en ai la conviction au vu des discussions avec eux notamment lors du train vers Hanovre – qui a été au demeurant une formidable initiative de solidarité internationale des salariés - ).
Je suis du coup malgré tout interrogatif sur la non-venue de Bernard Thibault dans ce qui est apparu comme l'un des grands conflits sociaux du moment : y compris pour discuter et échanger avec les salariés sur le contenu de la bataille ; mais il est évident que rien n'aurait été fait par Spirzko qui a été omniprésent pour faciliter les choses.
As-tu envoyé ta réaction à la CGT de Conti ?
Fraternellement
Thierry