HUMANITE DIMANCHE ET LE 23 MARS 1979
Publié le 27 Mars 2009

A l’humanité Dimanche
Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt le rappel de cette grande manifestation du 23 Mars 1979 à Paris.
Bravo pour cette belle page d’histoire écrite par Tanguy Péron.
J’y étais en tant que responsable CGT de la métallurgie du Nord Pas de Calais et sidérurgiste.
Le récit est juste, notamment les provocations des autonomes qui étaient des flics déguisés en casseurs.
Ce mouvement était très large et comprenait les sidérurgistes, les populations concernées par les fermetures de sites sidérurgiques et les travailleurs de la région parisienne qui avaient apporté toute leur solidarité.
Je me souviens de la présence massive des travailleurs de Renault Billancourt.
Dans cette période, toutes les usines sidérurgiques française entrèrent en action tant en Lorraine, Nord Pas de Calais, Loire et Solmer à Fos etc.
Le rappel de cette grande lutte de 1979 aurait mérité, à mon avis, un équilibre entre Longwy et Denain, les deux pôles les plus touchés.
Ces deux régions ont été saignées à blanc par le gouvernement français dirigé par Raymond Barre et Giscard et par les décisions de la commission européenne et de son commissaire à l’industrie le comte Etienne Davignon.
Celui-ci avait lancé l’état de crise manifeste ( article 58 de la CECA) en 1977, pour engager une vaste restructuration qui allait durer plus de dix ans pour aboutir aujourd’hui à ce qu’il n’y a plus ni de sidérurgie nationale, ni de sidérurgie européenne mais un nouveau maitre des forges qui règne sans partage sur ce qu’il reste, Mittal, un flibustier de l’acier au niveau mondial.
La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), chère à Robert Shuman, allait au bout de ce cycle disparaître alors que son but était de créer les conditions d’une grande industrie de l’acier européen.
Je regrette que n’ait pas été soulignée la part qu’ont prise les sidérurgistes de Denain et de Valenciennes dans cette grande lutte. Aucune allusion aux émeutes de Denain après les provocations des forces policières. Par exemple, aucune photo des manifestations imposantes qui se sont déroulées dans le Denaisis et le Valenciennois.
Concernant les radios de lutte, c’est une décision de la CGT de les faire vivre et en particulier d’Henri Krasuki. Dans le Nord, il y avait la radio-sœur de Lorraine cœur d’acier avant la manifestation parisienne, elle a été inaugurée par Georges Séguy lors du meeting qu’il a tenu au train à bandes de Denain devant plus de 6000 travailleurs dans un HLM de Denain.
Les raisons de la fermeture de sites sidérurgiques étaient marquées du sceau du profit : C’est dans ce contexte que Davignon, commissaire européen à l’industrie, propose en novembre 1977 un plan qui relève les prix de l’acier et limite la production ; en 1978, des études du Hudson Institute et de la Chase Manhattan Bank prévoyaient une forte croissance de la consommation d’acier en Europe et contestaient la logique du Plan Davignon.
La fédération des métaux CGT sortira un mémorandum qui fit grand bruit à l’époque et qui contredisait cette casse industrielle et proposait des solutions pour maintenir et développer les productions d’acier.
La volonté de réduire les capacités de production pour renchérir le prix de l’acier et retrouver le profit était la raison principale.
Le prétexte pour y parvenir était de considérer qu’il y avait des canards boiteux dans la sidérurgie française et c’est avec cet argument que Barre et les présidents des groupes sidérurgiques d’Usinor et de Sacilor, dont l’état avait pris une participation majoritaire, ont cassé l’outil de production qui était loin d’être dépassé tant à Denain qu’à Longwy.
IL aurait été utile aussi de rappeler que les communistes, dans cette période, avaient été à la pointe de l’action dans les bassins sidérurgiques et je veux souligner le rôle joué par Gustave Ansart député de Denain et d’Antoine Porcu député de Longwy.
Bernard LAMIRAND
Ancien responsable CGT
Sidérurgie et métallurgie
Du Nord Pas de Calais
Et membre du comité
Consultatif de la CECA