Qui est souverain ? Par Spire Arnaud
Publié le 29 Novembre 2008
Au Moment où Robert Hue quitte ou va quitter le PCF ; j'ai préféré cet article d'Arnaud Spire . Bernard
LAMIRAND
Qui est souverain ?
Par Spire Arnaud
Fédération : Paris
Le 24 novembre 2008
Le texte adressé par Marx à Feuerbach, et désormais connu sous le nom que lui a donné Engels : Thèses sur Feuerbach, est le plus petit document de la tradition philosophique
occidentale. Deux pages et demi imprimées, soixante cinq lignes distribuées en onze notes ou thèses dont la plus longue compte treize lignes et la plus brève, la dernière, une ligne et demi. Dans
ce texte, la sixième thèse critique l’individualisme feuerbachien en ces termes : « L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu pris à part. Dans sa réalité, c’est
l’ensemble des rapports sociaux ». Ce qui signifie que les propriétés essentielles qui caractérisent l’être humain sont à chercher non pas à l’intérieur des hommes et des femmes eux-mêmes
(individu isolé), mais bien plutôt dans l’histoire de leurs relations sociales (outils, savoir-faire, langage, rapports sociaux, parenté, division du travail, rapports de propriété, Etat, droit,
institutions, religion, idéologies). Marx invite donc à prendre en considération l’aliénation sociale, économique et politique qui lui semble infiniment plus décisive que la critique humaniste de
la religion par Feuerbach. Après avoir rappelé que les hommes sont le produit des circonstances et de l’éducation, le père fondateur du marxisme avance l’idée que s’en tenir à l’action des hommes
qui transforment les circonstances et à l’éducateur qui a lui-même besoin d’être éduqué est courte, il faut aussi que la pratique soit révolutionnaire. Il ne saurait y avoir de mouvement
révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. Il y a pour cela besoin d’un parti pas comme les autres se fixant pour objectif non pas de prendre le pouvoir mais de le rendre à ceux qui ne l’ont
jamais exercé. « La coïncidence du changement des circonstances et de l’activité humaine ou autochangement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu’en tant que pratique
révolutionnaire ». A cet égard, il importe de ne pas confondre la « démocratie interne du parti communiste » avec la prétendue démocratie bourgeoise.
Je me suis prononcé le 28 octobre 2008, lors de l’Assemblée générale des Communistes du 11e, pour la « base commune » qui me semblait amendable dans un sens plus radical. Déjà
j’avais été choqué par le recours fréquent dans le PCF à la forme la moins démocratique qu’est le référendum (cf Napoléon III) en d’autres occasions précédentes. Je suis donc dans l’obligation
éthique de faire remarquer que le procédé qui consiste à faire choisir entre le moindre mal et le pire, ne fera jamais partie de ma conception de la démocratie communiste. Cette invention, qui
procure aux électeurs l’illusion de la démocratie au moment même où on la bafoue, ne relève-t-elle pas d’une logique sociale-démocrate ?
Après la contribution collective « Réflexions pour aller au bout des choix de la base commune et nommer clairement ce que nous voulons » - publiée partiellement dans l’Humanité
du 10 novembre 2008 - et signée par un groupe de dirigeants nationaux dont onze membres du Comité Exécutif national, il me semble de mon devoir de faire part de mon inquiétude. On aura beau «
accoler au bon nom de communiste qui dit notre refus du capitalisme et notre idéal de solidarité et d’émancipation celui de démocratie ce qui dirait notre rupture totale et définitive avec le
stalinisme », cela n’empêchera pas divers stigmates de cette époque pudiquement baptisée « culte de la personnalité ».