EUROPE DES COMMUNISTES EN TANT QUE TELS
Publié le 13 Février 2009
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Denis Durand (fédération de Paris) |
Intervention prévue
pour le conseil national du 7 février 2009
Pour assurer la mise en cohérence des différentes dimensions de notre activité politique dans les prochains mois, il convient de mettre en œuvre notre décision de veiller à l’autonomie d’expression et d’action du Parti. Il en va du contenu de notre campagne pour les élections européennes au sein du « front de gauche ».
En effet, si nous nous contentons de défendre les propositions qui seront spontanément celles de Mélenchon ou de Besancenot, nous nous limiterons à préconiser plus d’État, plus de réglementation, un usage de la fiscalité pour prendre un peu d’argent aux riches et le redistribuer à la masse des pauvres, avec comme modèle le retour à l’État-providence des années soixante.
Si nous nous en tenons là, nous ne serons pas à la hauteur de la crise, ni à la hauteur des potentialités du mouvement populaire, telles que le 29 janvier les a révélées. Les nombreux débats sur la crise que nous animons en ce moment montrent que les citoyens, en particulier dans les milieux les plus populaires, partagent souvent l’idée que la crise est bien celle du système capitaliste, et que sa solution exige de remettre en cause les lois les plus fondamentales de ce système. Les préoccupations exprimées dans ces débats nous amènent très naturellement à exposer les grands axes du projet communiste, tels qu’ils peuvent se résumer de façon simple en ce début du XXIème siècle :
alors que l’angoisse et l’effroi montent devant la multiplication des suppressions d’emplois, le chômage partiel, la précarité, nous voulons un monde où « ma force de travail n’est pas une marchandise ! » Cela peut commencer à se construire tout de suite, dans les luttes pour une sécurisation de l’emploi et de la formation, pour aller jusqu’à l’éradication complète du chômage, cette malédiction inséparable du marché du travail capitaliste. Consolider l’emploi (et, par-là, à la fois l’offre, la demande et l’épargne saine pour financer les investissements nécessaires à la satisfaction des besoins sociaux) devrait constituer la colonne vertébrale qui donne sa cohérence et sa crédibilité aux propositions que nous faisons pour que l’Union européenne et les pays qui la composent mobilisent tous leurs moyens de relance contre la crise ;
alors que Sarkozy s’acharne contre les fonctionnaires et les services publics, nous voulons un monde où l’essentiel des besoins sociaux seraient satisfaits par des services publics, avec des entreprises publiques – y compris dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie, du logement, de la préservation de l’environnement, de la sécurité militaire et financière internationale… Nous pouvons beaucoup contribuer au succès des mobilisations contre les directives ultralibérales en Europe si nous leur apportons cette perspective ;
après le séisme idéologique qu’a déclenché la crise financière, nous voulons un monde où le pouvoir ne procède pas de l’argent, de l’accumulation de capitaux financiers mais où la conquête de nouveaux pouvoirs par les citoyens, les salariés, depuis les luttes dans les entreprises jusqu’au FMI, feraient reculer la dictature des marchés financiers à l’aide d’un nouveau crédit, orientant sélectivement l’argent des banques vers le financement des investissements à moyen et long terme favorables à l’emploi, à la formation, à l’élévation du potentiel de création de valeur ajoutée dans les territoires. Les luttes engagées dans ce sens sont la première condition pour mettre sous pression la BCE, jusqu’à rassembler une majorité en Europe pour une autre construction européenne, avec d’autres traités transformant radicalement le statut et les objectifs de la BCE ;
alors que l’aggravation de la situation économique et sociale est lourde de conflits et de tensions internationales, nous voulons un monde où l’ensemble des habitants de la planète s’organiseraient pour maîtriser pacifiquement et démocratiquement les grandes révolutions que connaît notre civilisation : révolution écologique, révolution informationnelle, révolution démographique, révolution monétaire… Un enjeu essentiel est celui, dans ce domaine aussi, d’une réorientation radicale de la construction européenne pour qu’elle s’engage dans ce sens, en convergence avec les peuples des pays « émergents » et du tiers monde.
On ne changera pas le monde sans changer l’Europe : la crise ne nous éloigne pas de ce combat, elle devrait au contraire, à mon avis, en faire une dimension essentielle de la campagne européenne.
