MAI JUIN 1968 : je me souviens …..

Publié le 5 Avril 2008

 

 

MAI JUIN 1968 : je me souviens …..

 

Je viens de lire attentivement, dans l’humanité des débats, sous le titre : « la contreverse étudiante » les contributions entre deux acteurs étudiants du moment : Pierre Zarka et Daniel Bensaid.

Je ne me permettrais pas de contester leur mémoire de l’époque, chacun à la sienne, et les interprétations sont nombreuses en ce moment où certains veulent réécrire ce grand moment de luttes des ouvriers et des étudiants.

Par exemple, j’entendais sur Europe1, le dessinateur Chenez, ancien et fugace ouvrier de Billancourt,  crachait son venin contre la CGT de Billancourt en s’exerçant à une véritable falsification des faits. Les anciens de Billancourt, dont Michel Certano, portent témoignages autrement de ce que fut le  mai 1968 des ouvriers à Billancourt. (Mai 1968 Renault Billancourt (collection les point sur les I).

Dans cette contreverse de l’humanité,  je suis outré de la manière dont on traite le PCF.

Le parti communiste aurait été en dessous de tout en 1968.

Facile à dire ; trop facile même.

J’en parle à l’aise, car en 1968, je n’étais pas encore adhérent au PCF et je militais dans la Jeunesse ouvrière catholique.

J’ai appris à connaître les communistes pendant les événements de Mai Juin 1968 et heureusement qu’ils étaient là pour éviter « les conneries » des gauchistes et des socialistes, qui eux, ne se sentaient plus pisser aux abords de l’usine.

Le pouvoir est à la portée de la main disaient-ils.

On avait même certains membres de la direction d’Usinor Dunkerque qui s’étaient transformés en révolutionnaires.

Je travaillais à Usinor Dunkerque, j’étais syndiqué à la CGT.

Nous étions des jeunes à vouloir tout changer.

Nous n’étions pas organisé politiquement pour la plupart.

L’occupation de l’usine a duré plusieurs semaines et nous avons été les derniers à reprendre le travail après de multiples péripéties avec des enragés «  les katangais » où se retrouvaient toutes sortes de gens plus ou moins bien intentionnées sur les raisons d’être partie prenante de cette lutte.

Nous avons obtenu des résultats revendicatifs non négligeables face aux maîtres des forges de l’époque.

Alors quand j’entends Pierre Zarka dire que le PCF a été en dessous de tout en 1968, je m’insurge.

J’ai vu ce parti créer les conditions, à Dunkerque, du rassemblement et de la réussite des occupations d’usines en respectant les organisations syndicales et en les incitant à travailler ensemble.

Ce parti  était loin de prendre « le train en marche ».

Son action pendant les événements a été soucieuse de respecter le syndicalisme  et je m’étonne des assertions que Zarka fait sur un parti qui se serait complu à chercher les moyens de terminer vite cette grève qui lui échappait.

Pierre Zarka semble préférer la spontanéité et il reprend des travaux de Marx sur la question juive où est évoqué "la dissociation entre l’état et la société civile comme une manière d’aliéner et de déchirer l’individu vis-à-vis de lui-même" et il ajoute : «  Dans une certaine culture léniniste, nous sommes hermétiques à cette notion. Ce qui nous fait en général préférer le caractère institutionnel des appareils au mouvement spontané » ; certes la vie et la réflexion communiste étaient réfléchies, décidées d’en haut; c’était le centralisme démocratique qui organisait la vie du parti,  mais est-ce une raison pour considérer que le PCF avait peur du changement et d’un changement qui ne venait pas de lui ?

D’ailleurs les changements doivent-ils être le fait de concoctions d’en haut ?

Que le PCF n’a pas tout vu, c’est donc pas un pêché marxiste cher Zarka !


Je préfère la reprise, par Daniel Bensaid, d’une phrase prononcée par Raymond Leroy dirigeant du PCF de cette époque : « Nous avons fait des choses intéressantes mais nous n’avons pas porté jusqu’au bout ce que nous ressentions … ».

Pour moi, en 1968, personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer y compris ces étudiants, qui, quelques semaines auparavant ne l’envisageaient nullement.

Pourtant  au regard de l’histoire des luttes, des indices existaient, le feux roulants du revendicatif dans les usines s’y développait depuis le début des années 60 et dans la CGT Métallurgie nous venons de faire un travail approfondi de toutes les luttes qui ont marqué cette période pour arriver aux occupations d’usines.

Il est d’ailleurs significatif que nos deux débatteurs sur la contreverse étudiante n’aient même pas pris la peine d’en parler à part une allusion de Bensaid sur la non déclaration de grève générale de la part de la CGT.

A Usinor Dunkerque, comme ailleurs, les travailleurs ont utilisé la mèche de la répression étudiante pour allumer le baril de poudre du mécontentement généré par des années de frustrations, où, du fait de la modernisation, de l’entrée massive de jeunes dans le monde du travail, de l’exploitation qui y régnait toujours à la Zola, une volonté de se libérer se manifestait avec pour objectifs principaux les cahiers de revendications qui fleurissaient partout à ce moment là.

Je rejoins l’opinion de Daniel Bensaid, « pas de rébellion importante de l’armée, pas de mouvement féministe – il est né en 1968- .Certes il y avait les soviets à Saclay et la commune de Nantes, mais nous étions conscients, que tout cela était minoritaire ».

Donc sur le plan révolution : point barre, irréalisable.

Alors, pourquoi vouloir faire dire plus à ce mouvement que ce qu’il n’était : c'est-à-dire le puissant mouvement revendicatif que la France n’est jamais connu des travailleurs et des étudiants, hormis « quelques escogriffes », qui pensaient que la révolution était « à portée du fusil »  parce qu’ils avaient lu cela dans les manuels gauchistes de l’époque.

Ou encore les « profitards » genre Mitterrand et Mendès-France, qui eux, effectivement ont raflé la mise ; là je le concède à Zarka : le PCF n’a pas réfléchi aux conséquences de 1968 et à une récupération sociale libérale.  

Zarka, dans son credo pour un nouveau parti de radicalité à gauche des socialistes en  remplaçant le PCF veut, tout compte fait, nous embringuer dans une suite nostalgique de 1968 ; celle de ces braillards que je voyais à la porte de notre usine et qui voulait nous donner des leçons sur la façon de diriger notre lutte. Je comprends mieux pourquoi tous ces gens là ont défendu, pour l’élection du président de la république, une autre candidature que celle de Marie George Buffet et préféré le « tarzan des causses » Bové.

1968, m’a fait prendre conscience que le changement de société était une affaire plus sérieuse et compliquée et que cela nécessitait davantage de travail de terrain face à l’idéologie dominante dans les entreprises notamment où règne l’exploitation de l’homme par l’homme.

Dernière chose : aujourd’hui tous ces acteurs de la révolution « en peau de lapin » genre Cohn Bendit et autres, font des actes de contrition sur leurs attitudes passées et ce n’est pas un hasard si l’on donne la parole qu’à eux, en ce moment du 40éme anniversaire, à  tous ces faux soixante-huitards et qu’on la refuse aux vrais : ceux qui ont paralysé la France pendant plus d’un mois et ont obligé le pouvoir gaulliste à céder.

Le mouvement ouvrier s’est ouvert une porte en 1968 que le pouvoir Sarkozien et le Medef voudraient bien refermer aujourd’hui.

Nous avons toutes les raisons d’être fier de ces deux mois de luttes et j’espère que les jeunes pourront s’en inspirer pour faire mieux que nous.

 

Bernard LAMIRAND  

Rédigé par aragon 43

Publié dans #politique

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