HOMMAGE A CEUX DE CHATEAUBRIANT ET CAEN
Publié le 22 Octobre 2007

CAEN ET CHATEAUBRIANT
Une fin de semaine très chargée puisque les camarades de la CGT du Calvados m’avaient convié à participer à l’hommage des fusillés de Caen le samedi, et le dimanche je devais me rendre à Chateaubriand.
Je ne connaissais pas précisément les fusillés de Caen, mais à y voir les noms de ces résistants sur le monument rendant hommages aux fusillés de Caen devant l’ancienne caserne : c’était des militants, des patriotes, qui se sont levés contre les forces d’occupation en faisant dérailler des trains et en faisant de multiples actes de résistance dans le moment le plus tragique du pays.
Et ils n’ont pas attendu que les allemands attaquent l’URSS pour agir.
Il y avait parmi eux Lucien Sampaix, dirigeant national du parti communiste et adjoint de Gabriel Péri directeur de l’humanité, qui de camps en camps d’internement est arrivé là.
Ils furent tous fusillés par les nazis après avoir été livré par la police pétainiste.
Gabriel Péri abattu au Mont Valérien et les douze de Caen et Lucien Sampaix furent exécutés à la même heure à 10 heures le 15 décembre1941 et ils partirent en chantant la marseillaise et l’Internationale.
Les mêmes conditions que les 27 de Chateaubriand emprisonnés et livrés aux allemands par des français pétainistes qui trahissaient la nation et le peuple.
Nous les avons donc honorés et puis je suis parti en direction de Chateaubriand avec mon épouse Marie après avoir rappelé le contexte dans lequel Guy Moquet et ses camarades ont été exécutés (voir blog précédent).
La route de Caen à Chateaubriand nous est apparue longue et nous sommes arrivés pour déjeuner et déjà la ville était remplie de ce peuple qui venait honorer les 27 de Chateaubriant.
Nous prîmes place et nous vîmes arriver le cortège à la sablière, le lieu où ils furent fusillés.
Moment impressionnant avec l’appel des fusillés et le réponse « mort pour la France » cela vous fait serrer la gorge : les drapeaux tricolores déployés, la remises des gerbes par les personnalités et notamment par Marie George Buffet, le silence, la sonnerie aux morts : cela marque.
Le discours de Marie George fût d’une grande hauteur ; chez elle, point de récupération mais le respect à ces hommes et aux femmes internées de Chateaubriand.
Elle trouva les mots justes pour rendre hommage à ces militants morts pour la France et qui donnaient une autre image de ceux qui les avaient choisis pour aller au poteau d’exécution par haine de classe.
Et puis il y avait Odette Niles la présidente de l’Amicale des fusillés de Chateaubriant et de Voves ; une jeune fille de 17 ans d’alors, et qui avait promis un baiser à Guy Moquet ; une grande résistante Odette, une femme du peuple, une jeune fille qui s’était engagée dans la résistance dès l’occupation de la France par les Nazis, comme toutes ces femmes internées dont Marie George a relaté leur vie et leurs actes militants en indiquant une chose : ces femmes n’avaient pas droit aux fusils car elles étaient femmes et elles furent déportées et abattues à la hache comme Suzanne Masson.
Et puis, nous avons eu droit à un magnifique spectacle des enfants de Chateaubriant avec un groupe de théâtre de la commune ; cette année, c’était les femmes dans la résistance et ce spectacle nous rappelait le contexte dans lequel le pays se trouvait à ce moment là, et la trahison des élites et l’anticommunisme qui amenait des français à livrer aux nazis d’autres français qui continuaient le combat contre le fascisme.
La sablière est un lieu où l’on sent l’âme de cette résistance, de cette petite flamme qui va jaillir et permettre à la France de se libérer parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui ont tout de suite réagi contre l’occupant.
Nous étions nombreux dans ce lieu, plus de 5000 certainement, et quel respect et une personne nous disait : « c’était autre chose, l’autre jour, quand Sarkozy est venu » avec ses fans, le respect y manquait dans ce lieu où ce beau monde se livrait à la starisation, à l’applaudissement de la vedette, à la signature d’autographe comme à la sortie d’une opération médiatique orchestrée.
Châteaubriant, oui, un haut lieu de résistance et de respect et ces gens-là venu pour applaudir et faire la claque au chef de l’Etat ont manqué de respect.
Et puis, quel sincérité, quand vous voyez ces hommes et ces femmes de tout âge allant et venant sur chaque emplacement où se trouve graver les noms des suppliciés, avec cette ferveur encore intacte après tant d’années pour ceux qui ont contribué à nos libertés aujourd’hui menacée.
Ce matin, 22 octobre, j’étais de retour à la maison après ce long périple et malgré un peu de fatigue je suis allé donner un coup de main aux camarades de Nogent qui distribuaient l’huma spéciale au lycée Marie Curie.
Nous avons reçu un bon accueil des jeunes et le temps nous a manqué pour discuter car l’heure des cours approchait ; mais je suis persuadé que l’expression des communistes laissera des traces.
Des jeunes ne connaissaient pas Moquet et Châteaubriant avant que le gouvernement ne décide de faire lire cette lettre.
Cela montre à quel point, l’éducation nationale a besoin de prendre à bras-le-corps cette période de notre histoire, non pas pour l’instrumentaliser, comme a tenté de le faire Sarkozy, mais pour en tirer les leçons au moment où la haine revient et où nos libertés sont menacées.
Peut-être, que demain, en respectant la laïcité, les enseignants feront appel plus souvent à des historiens, des résistants, des syndicalistes pour expliquer ces périodes historiques.
Je me suis aperçu, pour le peu de temps de discussion, que ces jeunes étaient intéressés par l’évocation de ce que fut cette jeunesse de 1940 confrontée à la barbarie nazie.
Je terminerai par mon retour à la maison, la radio diffusait des interventions de résistants, d’historiens et de personnes qui donnaient leur avis sur l’évocation de Guy Moquet dans l’école de la république et j’ai remarqué que beaucoup d’hommes et de femmes appréciaient cette lecture dans les classes mais en insistant pour que l’on en reste pas là et que l’on fasse part du contexte de leur arrestation et de leur exécution.
Bien sûr, il y avait les grincheux habituels, et puis d’autres qui agissent toujours par réflexes anti-communistes et pour eux ces militants et Guy Moquet ne pouvaient pas être des résistants puisque les communistes avaient soi-disant attendu l’envahissement de l’URSS avant d’agir.
Ces gens-là gommaient tous les actes de résistance communiste dés l’occupation de la France.
Une singulière interprétation de l’histoire qui a donc bien besoin d’être enseignée dans les écoles avec sincérité.
Bernard LAMIRAND
