MOQUET POURQUOI ?
Publié le 28 Septembre 2007
GUY MOQUET : NI INSTRUMENTALISATION NI RECUPERATION, MAIS VERITE !
Le lundi 22 Octobre 2007, date anniversaire de l’assassinat des 27 de Chateaubriant, les lycéens prendront connaissance de la lettre d’adieu de Guy Moquet à ses parents, à son frère, avant d’être passé par les armes dans la carrière de Chateaubriant.
Personne n’est en droit de récupérer cette lettre magnifique de dignité d’un jeune homme de 17 ans que les SS allaient conduire à la mort en le fusillant
Fusillé à 17 ans, en pleine adolescence ; que faisait t-il dans ce camp et pourquoi les gendarmes et le régime de Vichy l’avaient interné ?
Voilà des questions que les élèves ne manqueront pas de poser à leurs enseignants.
Les jeunes élèves apprendront les raisons de l’internement de Guy Moquet, et ils voudront en savoir plus sur le pourquoi il fut désigné à 17 ans, par Pucheu, un patron français, ministre de l’intérieur, pour le peloton d’exécution.
Ils voudront savoir qui l’a amené dans ce camp composé de militants syndicalistes et communistes emprisonnés parce qu’ils ont refusé de vivre sous la botte hitlérienne et celle de Pétain pour certains avant l’occupation et d’autres dès 1940.
Pour en savoir plus, ils devront remonter, avec leurs professeurs, avant la deuxième guerre mondiale. Dans cette période des années 1930-1938 ; période de montée du fascisme en Europe qui s’installe d’abord en Italie puis en Allemagne en 1933 avec Hitler, et ensuite en Espagne où la république est renversée par une junte militaire fasciste dirigé par Franco qui exécuta des centaines de milliers de personnes de gauche dans ce qui fut appelée la guerre d’Espagne et qui était financée par la grande bourgeoisie européenne et l’Allemagne Hitlérienne.
Il constateront qu’en France la lutte a été dure pour s’opposer au fascisme dans cette période et il fallu de grandes manifestations animées par le Comité Amsterdam Pleyel pour les empêcher d’arriver au pouvoir en 1934. Cela créa les conditions du retour à l’unité des forces de gauche avec un gouvernement du front populaire et à la réunification syndicale.
Le Front Populaire et l’occupation des usines par les ouvriers changèrent la donne et la France ne sombra pas dans l’extrême droite et le fascisme.
Mais cette lutte victorieuse ne fut pas du goût de tout le monde ; la droite et le patronat ne l’entendirent pas de cette oreille.
Il faut lire les livres publiés par une Historienne qui a étudié de près cette période, Annie Lacroix Riz, pour se rendre compte à quel point les élites politiques et économiques étaient de mèche, surtout après leur défaite de 36, avec les forces de l’axe (Allemagne et Italie fasciste).
Ces élites avaient eu peur et voulaient leur revanche, notamment le puissant comité des forges et de grandes entités banquières et industrielles, totalement dévoués aux nazis et qui ont favorisé dés 1936 la puissance militaire allemande par des livraisons pour favoriser le réarmement allemand. (Voir livre d’Annie Lacroix Riz, éditeur Colin : Industries et banquiers sous l’occupation sous titre : la collaboration économique avec le Reich et Vichy).
Ces élites industrielles et en particulier celles de la métallurgie ou de la chimie furent les premières à collaborer avec l’occupant et à se faire une place dans le régime Pétainiste de Vichy.
Tous ces élite bourgeoises, qui trahirent la France bien avant l’occupation, avaient un objectif : en finir avec le front populaire en décapitant le mouvement syndical unitaire de 1936. Cette revanche sera poursuivie pendant l’occupation par une chasse des militants CGT et communistes qui n’acceptaient pas la collaboration (voir la traversée de la tourmente Roger Linet Messidor).
Pucheu, le ministre de l’intérieur de Vichy fut le grand commis de la grande industrie et de la métallurgie pour régler ses comptes avec le mouvement ouvrier.
Fernand Grenier qui écrivit « ceux de Chateaubriant : édition sociale» en fait l’exacte mention : « Pucheu…il sait combien d’années de lutte quotidiennes sont nécessaire pour former des dirigeants de Fédérations syndicales ouvrières comme Michels, Timbaud, Poulmarch, Granet, Vercruysse. Il connaît la confiance des travailleurs pour les députés, les maires, les conseillers généraux, les conseilleurs municipaux communistes – et cela aussi n’est pas l’affaire d’un jour. Le misérable calcule. Inscrire ceux-là en première place des hommes à fusiller, c’est amputer la classe ouvrière de dirigeants d’élite qui lui manqueront après la guerre…….Les fusils SS vont rendre service à la grande bourgeoisie française en rayant du monde des vivants les meilleurs de ceux qui la combattaient ».
C’est ainsi que Pucheu décida de ne pas faire de quartier et de coucher sur la liste des otages tous ceux que le comité des forges exécrait : les dirigeants CGT et ceux du parti communiste internés dans ce camp de Chateaubriant.
Et Guy Moquet, peu importe son jeune âge, il était le fils de Prosper Moquet, député communiste emprisonné à Alger, alors il se vengea sur un enfant.
Pucheu fut exécuté le 20 mars 1944 à Alger quand l’Algérie fut libérée.
Ce qu’il faut retenir de cette période et de l’assassinat de Guy Moquet, ce fut le trahison des élites et un grand nombre d’entre eux appartenait au « secteur mines et métallurgie dont Pierre Pucheu et Pierre Watine (secrétaire général de l’UIMM) était les synarques les plus en vue.
Ils ont également réglé leur compte en fusillant Jean Pierre Timbaud, dirigeant de la FTM-CGT, qui, au coté de Benoît Frachon, fut un des négociateurs des accords Matignon de 1936.
Guy Moquet, est mort en héros ; ces gens là l’ont tué par haine de classe.
Je terminerai cette présentation en rappelant ce que disait Guy avant de mourir « vous qui restez, soyez dignes de nous ».
Nous le serons le 21 Octobre en participant nombreux à la commémoration des 27 à Chateaubriant, et le 22 octobre, en faisant connaître cette lettre dans toute la France et pas seulement dans les écoles.
Bernard Lamirand
Président de l’Institut d’histoire social CGT de la
Métallurgie
Photo Musée de la Résistance Champigny