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Publié le 13 Octobre 2016

LES SALAIRES ET LE BURKINI

Pierre Ivorra chronique dans "L'Humanité" du mercredi 12 octobre :

Les salaires et le Burkini
Si le taux de marge des entreprises, c’est-à-dire le profit obtenu rapporté à l’activité, est, selon l’Insee, en net redressement, notamment grâce au CICE, si le nombre d’assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune a augmenté de 20 % depuis 2012, illustrant ainsi l’enrichissement d’une petite minorité de la population, on ne peut pas dire autant pour les salaires. L’institut de la statistiqu...e et des études économiques a publié une série d’études éloquentes sur le sujet même si elles s’arrêtent à 2014.
Il apparaît ainsi que le salaire moyen en euros constants a baissé de 0,8 % en 2012, de 0,7 % en 2013, de 0,2 % en 2014 dans la fonction publique d’Etat ; de 0,5 % en 2012, de 0,1 % en 2013, avant de progresser d’un maigre 0,8 % en 2014 dans la fonction publique territoriale. Il s’agit d’une politique délibérée conduite par la droite et le gouvernement actuel. Le point d’indice des fonctionnaires a en effet été gelé par Nicolas Sarkozy à la mi-2010 permettant ainsi d’économiser 7 milliards d’euros sur leur dos depuis, les gouvernements de François Hollande se gardant bien de le « dégeler ». La récente décision, à forte odeur électorale, de relever ce point de 0,6 % en 2016 et d’autant en février 2017 ne compensera pas la perte subie.
Le secteur privé est à peine un peu mieux loti. Le salaire net moyen y diminue de 0,4 % en euros constants en 2012, de 0,3 % en 2013, avant de se redresser de 0,6 % en 2014. La France compte aujourd’hui un peu moins de 4 millions de smicards, soit près de 18 % des salariés. Pour l’Insee, le niveau de vie médian de la population française dans son ensemble « stagne depuis le début de la crise en 2008 ». Sacré bilan ! Cela d’autant que le nombre de chômeurs a lui augmenté de 1,2 million depuis l’élection de François Hollande.
On ne s’étonnera pas qu’en matière de salaire la France soit à la traîne comparée aux autres pays avancés de l’Union européenne. Selon les données d’Eurostat, l’organisme statistique européen, notre pays avec un salaire mensuel moyen de 2 604 euros par mois est derrière l’Allemagne (2 620 €), la Belgique (2 956 €), le Danemark (3 600 euros), le Luxembourg (3 913 €), la Finlande (3 094 €), la Suède (3 286 €), le Royaume Uni (2 795 €), la Norvège (4 403 €), la Suisse (5 103 €). Ouf !
On comprendra que le sujet est un peu plus important que celui du Burkini qui a pu être porté par quelques femmes cet été sur les plages françaises et qu’il mérite, avec l’emploi, la formation, l’éducation, la finance, l’environnement, la démocratie, l’Europe, … d’être l’un des sujets majeurs des prochaines échéances électorales.

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Rédigé par aragon 43

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Publié le 25 Février 2016

ECONOMIE : SORTIR DE L'IMPASSE

Utiliser l’argent autrement

«Sortir de l’impasse économique », c’est l’appel que nous avons lancé, avec de nombreux économistes. Car les difficultés de chacun empirent chaque jour et le monde est au bord d’une nouvelle crise financière et globale, peut-être plus grave que la précédente.

Le sentiment prévaut de la catastrophe à venir, mais sans les moyens de la conjurer! Nous appelons ainsi à ouvrir un débat sur un plan de sortie de crise en trois volets:

  • « un nouveau pacte productif à la fois écologique et social », concernant de fait les entreprises et les services publics,
  • « un programme de soutien à l’activité économique et à l’emploi »
  • et une remise en cause des « règles néolibérales » de l’Union européenne. La France doit « proposer cette réorientation à ses partenaires ».

Il faut un mouvement populaire citoyen pour une autre utilisation de l’argent. Car combattre le monopole culturel et de pouvoirs sur l’argent, utilisé pour le profit et l’accumulation contre l’emploi, le social, les dépenses publiques et pour spéculer, est au cœur des moyens d’en sortir.

Et passer sous silence le rôle des banques et de la BCE pour une issue, c’est ou bien faire preuve de l’ignorance la plus crasse, ou bien tromper le « bon peuple » avec des paroles pompeuses et des promesses grandiloquentes que l’on est décidé par avance à ne point tenir.

Les idées néolibérales mènent à une impasse.

La guerre sociale intérieure actuelle débouche sur une guerre antisociale et économique extérieure sans fin. Chacun cherche à exporter au détriment de l’autre en baissant ses coûts salariaux et en comprimant sa demande intérieure, de l’Allemagne à l’Espagne en passant par la France.

Soutenir une tout autre activité et l’emploi et desserrer l’étau européen néolibéral sont nécessaires. Mais comment ? La question est là.

Il ne suffit pas d’une politique keynésienne « traditionnelle » de soutien à la demande, même amendée d’une orientation écologique. Il faut une deuxième jambe : celle de l’offre, la production. Et entre les deux, la finance et le crédit.

Pour une autre production matérielle et de services, il faut combattre et dénoncer ce que font les banques et la BCE, en faire peu à peu des leviers décisifs d’une alternative réussie. C’est aussi une question de démocratie qui unifie les peuples de toute l’Europe. Il n’y a qu’à voir le début de succès de la campagne internationale « Quantitative easing for the people », ou encore la campagne trop tôt arrêtée sur le coût du capital.

Car une issue réussie exige une autre efficacité productive et des pouvoirs sur les financements. Elle exige de contrer la croissance financière et faire reculer le coût du capital pour engager d’autres dépenses qui vont permettre une autre efficacité.

Les banques et le grand patronat des entreprises, appuyés par la politique Hollande-Valls-Macron et le projet El Khomri, jouent en réalité pour l’essentiel contre cette orientation ! avec une fuite en avant dans les licenciements à tout va, les délocalisations, la spéculation, le gonflement des profits, la baisse du coût du travail et des dépenses publiques et sociales.

Au contraire, les banques et les entreprises doivent financer de nouveaux investissements matériels et de recherche à bas taux s’ils développent les salaires, mais aussi la formation, les emplois, et économisent les rejets et les consommations de matières. Une autre efficacité c’est aussi que la BCE appuie un développement massif des services publics, particulièrement pour développer les capacités de toutes et tous. Cela tirerait en outre immédiatement la demande.

Il y a trois urgences:

  • Créer un fonds européen de financement des services publics nationaux et locaux, à taux zéro, financé par le quantitative easing de la BCE (1500 milliards d’euros), intercalé entre elle et les États nationaux, et démocratique. Les traités existants le permettent!
  • Utiliser et élargir le pôle public bancaire (dont la BPI) pour faire levier sur les entreprises, avec des pouvoirs démocratiques sur le crédit et sur les entreprises (utilisation de leurs crédits et profits).
  • Réformer, oui, le Code du travail, mais pour aller vers une sécurité d’emploi ou de formation où ce n’est pas le marché et le patron qui maîtrisent les mobilités, mais les gens pour un développement des personnes, appuyés par de nouveaux droits et pouvoirs et un service public de l’emploi profondément refondu, cherchant ensemble une tout autre efficacité économique.

Frédéric Boccara

Economiste, membre du Conseil économique social et environnemental, membre du CA des économistes atterrés, membre du CN du PC

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Rédigé par aragon 43

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Publié le 29 Janvier 2016

LA PLANETE FINANCE MENACE A NOUVEAU LE MONDE PAR PIERRE IVORRA CHRONIQUEUR A L'HUMANITE

La planète finance menace de nouveau le monde

Il y a de l’inquiétude dans les salles de marché, là où l’on achète et où l’on vend des titres financiers, des actions, des obligations, des produits très sophistiqués et très spéculatifs comme les dérivés, où l’on s’endette en dollars pour racheter des euros ou des yens. Pour le commun des mortels, tout cela semble si loin de l’activité réelle. Et pourtant, ce monde peu connu est au bord de l’implosion. Qu’il crève, dira-t-on. D’autant que cette finance, ce cercle étroit des grandes banques, compagnies d’assurance, des fonds d’investissement, mais aussi des multinationales semblait encore, il y a peu, s’envoler vers les étoiles.

Certes, mais ce n’est pas si simple. Si la planète finance se retrouve dans la tempête, le monde réel, nos emplois, notre économie ne seront pas épargnés. Et comme il n’est pas acceptable d’obliger l’humanité à vivre sur un volcan, il paraît naturel de se demander comment faire face à cette menace sans pour autant relancer la machine financière, sans gaver à nouveau la Bourse, les grandes entreprises et les grandes fortunes, comme cela a été fait en 2008. D’abord, en cherchant la raison de ce gonflement financier planétaire et le pourquoi des risques qui pèsent sur lui

La Chine et le reste

On nous dit que les premières secousses qui ont affolé la finance ont la Chine pour épicentre. Sans aucun doute, les bourses de Shanghai et de Hong-Kong dévissent depuis l’été dernier. Les investisseurs désertent les places financières chinoises et des pays émergents, inquiets de la baisse de la croissance de la seconde puissance économique mondiale, de la récession brésilienne et russe et attirés par un dollar poussé vers le haut par de premières hausses des taux d’intérêts américains. Mais il faut resituer cela dans un historique qui commence avec les mesures prises par les autorités des grands pays capitalistes pour faire face au krach de 2008.

L’argent des banques centrales …

Après ce krach et la grave récession qui a suivi, les grands Etats capitalistes ont mobilisé leurs banques centrales qui sont venus au secours des banques commerciales, des marchés et des grands groupes notamment en leur prêtant des tombereaux d’argent à un taux d’intérêt proche de zéro. Mais ces prêts massifs ont été octroyés sans aucune sélectivité. C’est-à-dire sans faire obligation aux banques et aux entreprises d’utiliser cet argent quasi gratuit, pour préserver et développer l’emploi efficace, relancer la croissance.

Parallèlement, pour régler la note de cette opération et relever la rentabilité des capitaux mise à mal par le krach, les gouvernements ont mis en œuvre des politiques d’austérité et de soutien aux grands groupes capitalistes. En France, par exemple, l’Etat a prêté de l’argent à Renault et PSA, a renforcé sa présence dans le capital du premier et est entré dans celui du second.

S’est retrouvé à la Bourse

Les mesures d’austérité à l’encontre des travailleurs et de leurs familles et celles visant à baisser la dépense publique contractent la demande et dégradent l’efficacité de l’appareil de production. Elles contribuent à étouffer une croissance qui fléchit chez les émergents, les pays producteurs de pétrole, hésite aux Etats-Unis et a du mal à repartir en Europe.

Mais où donc est allé cet argent des banques centrales ? Pour une part notable, il s’est retrouvé sur les marchés financiers, il a à nouveau relancé la fièvre spéculative. Ainsi, les deux grands indices boursiers de New-York, le Dow Jones et le Nasdaq se sont littéralement envolés, progressant respectivement de 157 et 272 %. Les autres places financières ont suivi cette montée au paradis spéculatif.

… Et dans les caisses des multinationales

Cet argent a aussi transité par les trésoreries des grands groupes. En juin dernier, l’agence de notation Moody’s révélait que les multinationales américaines avait accumulé 1 733 milliards de dollars d’argent liquide, immédiatement utilisable pour spéculer, pour racheter des concurrents ou pour verser des dividendes aux actionnaires. En Europe, ce « pactole » se montait à 1 060 milliards de dollars.

Et évidemment, plus les firmes rémunèrent leurs actionnaires, plus leurs actions en Bourse font de la grimpette. Mais la gonflette boursière impose d’augmenter les versements aux actionnaires et les versements aux actionnaires relancent la gonflette boursière !

Une étude du cabinet anglo-saxon PwC de juin 2015 montre que la capitalisation des 100 multinationales ayant la valeur boursière la plus élevée de la planète a doublé entre 2009 et mars 2015. Elle est passée de 8 402 à 16 245 milliards de dollars. Ces 100 firmes multinationales ont distribué 689 milliards de dollars de dividendes en 2014 et parmi elles, les américaines ont versé 66 % de ce pactole.

Dans ce club des 100, il y a surtout des Américains, des Européens, quelques Français, mais aussi des Chinois, qui donc ne sont pas restés à l’écart de cette fièvre spéculative.

Pas dans la poche des travailleurs

L’importance des prélèvements financiers, notamment au travers des versements de dividendes, des rachats d’action, des intérêts versés, de l’ensemble des revenus de la propriété, étouffe la croissance, réduit les ressources publiques, écrase les salaires et l’emploi.

En 2012, l’OCDE, organisation regroupant les pays capitalistes développés, notait que depuis le krach de 2008, « la part du revenu national constituée des salaires et avantages accessoires au salaire – la part du travail – a diminué dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE ». Il ajoutait que ce « recul de la part du travail est allé de pair avec une augmentation des inégalités de revenu marchand, de nature à mettre en péril la cohésion sociale et à ralentir le rythme de la reprise en cours ».

La France n’est pas à l’écart de cette évolution. Les intérêts et revenus de la propriété, essentiellement les dividendes, représentaient 5 % des richesses créées en 1981, 7 % en 1990, 15 % en 2000, 24 % en 2008. Avec le krach de septembre 2008 et la récession de 2009-2010, ils ont diminué. Mais ils sont repartis à la hausse et représentaient 18 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières en 2014.

La montée du chômage

Selon les données de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans son rapport de janvier 2016 intitulé l’« Emploi et questions sociales dans le monde », « le ralentissement de l’économie a généré une nouvelle augmentation du chômage dans le monde. En 2015, le chômage touchait quelque 197,1 millions de personnes – soit près d’un million de plus que l’année précédente et plus de 27 millions de plus qu’avant la crise ». Les rapporteurs considèrent qu’en raison de la faiblesse de la croissance mondiale et particulièrement chez les émergents, « le nombre de chômeurs dans le monde devrait s’accroître de près de 2,3 millions en 2016 et 1,1 million supplémentaire en 2017 ».

L’OIT pointe également l’importance des emplois vulnérables qui représentent 46 % du total des emplois dans le monde et concernent 1,5 milliard d’hommes et de femmes.

1 million de chômeurs en plus en France depuis 2012

En raison même de la politique néolibérale mise en œuvre par les gouvernements Hollande, la société française est également plombée par la montée du chômage. Depuis l’élection du président de la République en 2012, le nombre de chômeurs est passé de 4,4 à 5,5 millions, l’industrie française a perdu 140 000 emplois. Désormais moins de 10 % des emplois en France sont liés à l’industrie, contre 12,3 % en 2005 et 15,3 % en 1995.

Alors que les arrivées sur le marché du travail ne cessent d’augmenter, le nombre d’emplois salariés recule. Il est en 2014 inférieur à ce qu’il était avant le krach : 23,810 millions fin 2014, 24,128 millions fin 2007. Le phénomène n’a rien de naturel, il s’explique par les politiques de baisse du coût du travail des gouvernements de droite et socialiste et par les choix de gestion des grands groupes.

Le chômage tire toute la société vers le bas. Selon l’Insee, dans une étude publiée en décembre dernier, le taux de pauvreté progresserait en France en 2014, passant à 14,2 %, contre 14,0 % en 2013. Les inégalités sociales qui auraient diminué en 2012 et 2013, repartiraient à la hausse car « la situation macroéconomique (…) aurait davantage touché les ménages les moins aisés ». L’Institut explique cela en indiquant que les revenus salariaux des salariés les plus modestes « auraient sensiblement diminué »

Qui donc peut allumer la mèche ?

Les matières inflammables s’accumulent donc : moins de croissance, plus de chômage, des économies moins efficaces, affaiblies par l’importance des prélèvements financiers, des politiques publiques dépendantes des marchés financiers, plus de capitaux accumulés qui demandent rémunération et une volonté de faire toujours plus de fric. Inévitablement ce soufflet financier va s’affaisser.

Mais qu’est-ce donc qui peut crever la bulle ? Pour attirer les capitaux du monde entier afin de conforter l’avance des Etats-Unis dans le domaine des nouvelles technologies, la banque centrale américaine a commencé à relever ses taux d’intérêt ce qui pousse à la hausse tous les autres taux, notamment ceux de la dette publique. L’opération est risquée. En effet, lorsque l’écart entre la rémunération des titres financiers en cours d’émission et ceux déjà émis est trop important, les investisseurs se précipitent sur les nouveaux et délaissent les anciens dont la valeur s’effondre, c’est la mécanique infernale des krachs.

Or une telle situation risque d’autant plus de se présenter que les pays qui possèdent d’énormes quantités de titres de la dette publique américaine, particulièrement la Chine et certains Etats pétroliers du Moyen Orient, pour faire face à leurs difficultés, notamment pour maintenir le cours de leur monnaie vis-à-vis du dollar, vont essayer de les revendre. Un afflux de ces titres sur les marchés peut précipiter leur effondrement.

Il faut donc absolument ne pas répéter les errements de 2008-2009 et commencer enfin à permettre aux peuples de maîtriser leur argent.

Pierre Ivorra

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Publié le 16 Janvier 2016

LE SPECTRE D'UN NOUVEAU KRACH PAR PIERRE IVORRA

Ma chronique dans "L'Humanité" de mercredi. Lisez l'Huma !

Le spectre d’un nouveau krach

L’évolution pourrait paraître étonnante : les grands prêtres du marché capitaliste, les adorateurs de la prétendue concurrence libre et non faussée sont aujourd’hui tétanisés. Ils voient se dessiner à l’horizon encore vierge de cette année 2016 le spectre d’un krach financier qui, après celui de 2007-2008, risque de secouer la planète encore plus sévèrement.
La croissance des pays émergents fléchit, celle de la zone euro a du mal à retrouver des couleurs, le prix du pétrole continue de chuter, il a baissé de 70 % depuis l’été 2014. Les places boursières sont chahutées, nombre de monnaies vacillent, se déprécient face au dollar.
Ceux-là même qui vilipendaient la trop grande épaisseur du code du travail, les 35 heures, la dépense publique, les taxes, les impôts, les cotisations sociales, l’assurance maladie, le Smic et qui, pour certains, n’ont dû leur survie, lors de la dernière crise, qu’à l’intervention publique, recommencent à invoquer le G20, la banque centrale européenne, la fed américaine, les autorités chinoises, … « Léviathan priez pour nous et surtout bougez vous ! »
Le problème aujourd’hui est que ce qui a été fait après septembre 2008 et lors de la récession de 2009-2010 peut être difficilement refait avec succès. Les banques centrales ont déversé des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars, d’euros, de yuan, … depuis et ce flot de liquidités n’a, pour l’essentiel, servi qu’à relancer les marchés financiers, qu’à permettre aux multinationales d’accumuler des trésoreries alibabesques au détriment de la croissance, de l’emploi, des conditions de travail et de vie de centaines de millions d’hommes et de femmes à travers le monde. Le rapport de l’homme à la nature, à son environnement a continué à se détériorer. Des régions sont à feu et à sang et même le terrorisme s’est financiarisé et mondialisé.
Tout cela devait s’écrouler, tout cela va s’écrouler, mais que peut-il en résulter ? Si nombre de peuples cèdent à la tentation xénophobe, au mythe de l’Etat fort, l’on va vers de nouveaux affrontements, de nouvelles terreurs. A l’opposé se dessine, au travers de succès et d’échecs, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande, au Royaume-Uni, au Brésil, au Venezuela, … la possibilité de sortir de l’ornière. Il ne s’agit pas de prendre en tous domaines le contre-pied de l’ordre établi mais de le subvertir de l’intérieur, par exemple de changer les critères de financement de l’économie de la Banque centrale européenne plutôt que la livrer aux démolisseurs. De contraindre l’argent à aller au développement humain et écologique. Là est la radicalité.

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Rédigé par aragon 43

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Publié le 11 Juillet 2015

GRECE : LES ECONOMISTES COMMUNISTES ONT DES PROPOSITIONS

Contre l'austérité en Grèce et ailleurs : Un Fonds européen pour les services publics et un crédit des banques au service de l'emploi

Conférence de presse du 8 juillet à l'Assemblée nationale
Introduction de Fédéric Boccara

La Grèce veut rester dans l’euro, sortir de l’austérité. Elle en appelle à la suilletolidarité des autres pays et peuples d’Europe face à la crise humanitaire que son peuple vit. C’est ce qui a été exprimé avec force par le référendum dimanche.

En réalité, sortir de l’austérité est un besoin commun à tous les peuples d’Europe, pas seulement ceux des pays du sud mais aussi la France et même l’Allemagne. En acceptant de renégocier avec la Grèce sans l’exclure de la zone euro, les responsables politiques actuels de l’Europe confirment à leur façon que nous sommes tous interdépendants. Au-delà, les pays d’Europe ne peuvent s’en sortir les uns au détriment des autres avec une guerre économique renforcée. Une solidarité de progrès et de coopération est nécessaire.

Désormais, c’est un débat de propositions qui s’ouvre. Certains continuent de parler de Grexit mais on reconnaît la nécessité un traitement au fond, soutenable, de la dette et de la croissance grecque impliquant la responsabilité de toutes les parties prenantes comme vient enfin de le reconnaître François Hollande. En effet, le cas grec est révélateur du besoin de commencer à changer l’Union européenne et la zone euro.

« Grexit or not grexit », le débat fait remonter un clivage gauche-droite. Nous ne voulons pas que la Grèce sorte de l’euro. Comme les Grecs, nous voulons aussi qu’elle s’arrache à l’austérité. C’est le sens de nos propositions, lesquelles permettraient de donner de la viabilité à moyen terme à l’ensemble de la zone euro et de l’Union européenne en faisant reculer l’emprise des marchés financiers.

Plusieurs constats s’imposent en effet.

► D’abord, l’austérité cela ne marche pas. Le recul de la croissance faisant diminuer les recettes publiques encore plus vite que les dépenses augmente ainsi le poids de la dette dans le PIB.

► Deuxième constat : l’austérité démolit encore plus le potentiel de croissance future et de développement. Car celui-ci repose sur les capacités et qualifications des hommes et des femmes, sur des services publics dynamiques (formation, recherche, santé, logement, transports..), repose sur des infrastructures de bonne qualité et sur des entreprises qui, en réalisant des investissements efficaces matériels et de recherche, créent des emplois correctement rémunérés en quantité et respectent l'environnement.

► Troisième constat : il est indispensable d’alléger le poids de la dette ainsi que les prélèvements des marchés financiers et du capital sur les économies européennes (intérêts des dettes, coûts des emprunts bancaires, dividendes, évasions et exonérations fiscales). Ils sont énormes. Au lieu de l’obsession idéologique de la baisse du coût du travail, il appartiendrait à des dirigeants vraiment responsables de faire reculer ces coûts du capital !

► Mais, quatrième constat, alléger le poids de la dette sans changer le comportement quasi-parasitaire des banques ni agir sur les entreprises c'est reculer pour mieux sauter.

Il faut donc traiter le passé (la dette) et l’avenir (les nouvelles dépenses) dans toute l’Union Européenne, et pas seulement en Grèce, en s’appuyant sur nos potentiels communs pour les développer.

Précisément, le 22 janvier dernier, la BCE a annoncé mettre 1.140 milliards d’euros à disposition de la zone euro . En octobre dernier, elle avait lancé une série d'opérations de refinancement à long terme « ciblées » sur les investissements des entreprises, pouvant aller jusqu'à 1000 milliards d'euros. Cet argent est celui de tous les européens. Au lieu d’alimenter, comme aujourd’hui, les marchés financiers et la spéculation, il doit servir des buts de progrès économique et social.

Faute d'être fortement conditionnés par des objectifs chiffrés de développement des services publics et de l'emploi, les programmes de la BCE relanceront en fait l'inflation des marchés financiers et les délocalisations contre l'emploi et la croissance réelle.

Avec cet argent, il faut bien sûr restructurer la dette publique, l'annuler pour partie et alléger radicalement son coût. La BCE peut la racheter, y compris celle du FMI, mais sans conditionner son rachat à l'adoption de plans d'austérité par les pays émetteurs. Ceci est indispensable pour la Grèce comme pour les autres pays d’Europe. Par exemple, en France peut-on accepter que les seuls intérêts de la dette de l'ensemble des administrations publiques (47,5 milliards d'euros), soient l'équivalent du budget annuel de l'éducation nationale ? Traiter ainsi la dette apporterait une indispensable bouffée d’oxygène aux peuples d' Europe.

Mais il faut aussi s’occuper de l’avenir et des dépenses nouvelles. Il faut une réorientation efficace, sinon c’est la rechute dès demain. Cela nécessite de développer les services publics et d'inciter les entreprises à engager des investissements massifs mais efficaces, c'est à dire économes en moyens naturels, matériels et financiers et créateurs de valeur ajoutée très accrue disponible pour la promotion de toutes les populations et tous les territoires .

L’argent des Européens – l’euro – doit aller aux services publics et à l’emploi ! Pour cela quatre choses sont indispensables : un nouveau mécanisme précis immédiat pour les services publics ; une action ferme sur les banques pour qu’elles appuient l’investissement efficace créateur d’emploi au lieu de la spéculation et des délocalisations ; une vraie régulation financière ; la lutte contre le dumping fiscal et l’évasion au sein même de l’Europe.

C’est l’intérêt commun de tous les Européens, face à la déflation et face au déchirement humain et social qui nourrit l’extrême-droite.

Des voix s’élèvent en ce sens : la dernière déclaration de la confédération européenne des syndicats (CES), la récente déclaration du DGB allemand et de son président qui réclament une poursuite de la négociation contre le Grexit. En France, au-delà des organisations syndicales et politiques, plusierus économistes parlent de plan d’investissement, voire de plan Marshall – de Robert Salais- Gabriel Colletis- Jean-Philippe Robé jusqu’à Thomas Piketty en passant par les « Economistes atterrés ».

Il s’agit pour nous de soutenir et de transformer à la fois la demande et l’offre en Europe, tout autrement que par les marchés financiers.

C’est-à-dire par la création monétaire.

Il est du rôle de la France, en Europe et dans le monde, de mettre en discussion des propositions alternatives viables, hardies, réalistes et efficaces.

  1. Bien sûr, il faut une conférence de la dette permettant une restructuration et des annulations partielles.
  1. Dans le cadre de cette conférence, créer un Fonds européen de développement social et solidaire pour les services publics (école, recherche, santé, logement, …) comme nous le proposons avec nos camarades et amis du Parti de la Gauche européenne. Agissant de façon démocratique et financé par la BCE, ce Fonds financerait lui-même les dépenses des États européens pour développer les services publics à très bas taux. Ce financement est autorisé par le Traité de Lisbonne (article 123.2) qui interdit en revanche le financement direct des États par la BCE (article 123.1) ;
  1. La BCE doit conditionner vraiment et autrement ses prêts aux banques. Il faut que les banques et les entreprises changent radicalement de comportement. Au lieu de leur prêter ses euros « à guichets ouverts » et sans conditions, la BCE a le pouvoir de conditionner son refinancement des banques à taux zéro à des crédits pour des investissements qui développent l’emploi, les recherches, les salaires, les conditions sociales. Elle a le pouvoir de refuser de financer la spéculation ou les délocalisations. Bref de baisser le coût du capital et non le coût du travail, pour permettre des dépenses d’efficacité nouvelle des entreprises.
  1. Nous proposons la mise en place, impliquant notamment la Banque européenne d’investissements, d’un programme de soutien sélectif aux investissements des entreprises de la zone euro en faveur de l'emploi et de dissuasion de la spéculation. La sélectivité serait assurée moyennant un abaissement du taux d’intérêt des crédits pour ces investissements selon qu'ils programmeraient plus d'emplois et de formations correctement rémunérés et de progrès écologiques. Seuls les crédits finançant ces investissements bénéficieraient d’un accès aux refinancements à long terme ciblés de la BCE (TLTRO). À l’inverse, les crédits utilisés pour des placements financiers ou immobiliers seraient ne seraient pas refinancés par la BCE. Avec 100 milliards d'euros de bonification, ce programme pourrait faire levier sur 1000 milliards d’investissements matériels et de recherche dans la zone euro.

Au total, sur les 1.140 milliards d'euros du « programme étendu d'achats de titres » de la BCE, je propose que 500 milliards soient consacrés au financement de ce fonds, 100 milliards à la distribution de garanties d'emprunts ou à des bonifications d'intérêts, 300 autres milliards étant réservés aux achats de titres publics les plus urgents.

Telles sont les quatre mesures que nous réclamons avec nos amis grecs de Syriza, et ceci pour l’ensemble des pays de la zone euro, voire de l’Union européenne.

La France, par la voix de son Président, F. Hollande, doit ouvrir sur ces propositions une discussion à la table des négociations européenne d’ici samedi prochain.

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Publié le 6 Février 2015

CGT : UNE CONTRIBUTION UTILE POUR DEBATTRE ET ENVISAGER DES LUTTES OFFENSIVES

Le titrage de l'article est de Bernard LAMIRAND.

Édito eco cgt Nasser Mansouri responsable du pôle économique de la CGT

Face à la menace de déflation, il faut rompre avec l’austérité, augmenter les salaires et développer les services publics de qualité.

Le gouvernement prévoit un taux de croissance économique de 1 % pour cette année 2015. C’est insuffisant pour réduire le chômage. Le Fonds monétaire international juge cette prévision de croissance optimiste et révise à la baisse ses propres révisions. C’est dire que, malheureusement, l’année 2015 sera encore marquée par d’énormes souf­frances pour la plupart des privés d’em­ploi, des retraités et des salariés.

Les grands financiers et patrons réunis à Davos commencent à avouer que la hausse des inégalités risque de mettre en péril la démocratie partout dans le monde.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) vient de prendre une décision applaudie fortement par les financiers et jugée « historique » par la plupart des observatoires. Elle va acheter sur le marché financier, entre mars 2015 et septembre 2016, chaque mois 60 mil­liards d’euros d’obligations d’États. Elle espère que cette injection d’argent, de liquidités contribuera à stimuler le crédit et l’investissement. Par ailleurs, selon elle, cette décision devrait entraîner une baisse de l’euro, ce qui devrait à son tour favo­riser les exportations européennes. L’expérience du Japon, des États-Unis et de la Grande-Bretagne est ici citée.

Certes, cette décision marque un chan­gement important dans la stratégie de la BCE, dans un contexte où l’économie européenne traverse une crise profonde et est au bord de la déflation.

La CGT ne minimise pas l’impor­tance de ce changement. Pour autant, le vrai enjeu porte sur l’usage qui sera fait de cette masse énorme d’argent. Les banques européennes et singuliè­rement françaises ne souffrent pas particulièrement d’un manque de liquidités. Si elles n’accordent pas suffisamment de crédit, surtout aux PME, pour l’emploi, l’investissement productif et le développement durable, c’est parce qu’elles n’y voient pas suffisamment d’intérêt, ce qui les pousse à privilégier des activités plus rentables, de nature spéculative. En l’absence de mesures précises desti­nées à obliger les banques à privilé­gier l’emploi, l’investissement productif et la protection de l’envi­ronnement, rien n’empêchera cet argent supplémentaire d’alimenter la spéculation et les marchés financiers.

Parallèlement à un bon usage de ces liquidités, il faut augmenter les salaires et développer les services publics pour accroître la demande et faire face à la déflation.

Par ailleurs, si théoriquement l’argu­ment selon lequel la baisse de l’euro permettra d’augmenter les exportations et donc d’accroître l’emploi semble séduisant, la réalité peut s’avérer plus complexe. Si par exemple les entreprises ne sont pas en mesure de produire davan­tage à cause du déficit d’investissement et des pertes d’emplois et de compétences, ce qui est le cas, la baisse de l’euro risque de provoquer une hausse du prix des importations et de peser sur le pouvoir d’achat déjà faible des travailleurs, et ce sans résultats probants en termes d’expor­tations.

Enfin, la contrepartie de cette décision de la BCE est la poursuite des politiques d’austérité et de réduction des droits sociaux. De plus, sous la pression alle­mande, cette décision consacre une déso­lidarisation des pays de la zone euro, car 80 % du risque de non remboursement des obligations d’État acquises incombera aux banques centrales nationales et non à la BCE.

La situation est grave. Pour sortir de cette crise, il ne suffit pas de recopier ce qui est pratiqué au Japon, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. D’ailleurs, ces poli­tiques n’ont pas mis fin à la crise dans ces pays ; en revanche, elles ont augmenté les inégalités sociales qui menacent la démo­cratie.

Pour sortir de cette crise, il faut rompre avec la pression permanente qui est exer­cée depuis plusieurs décennies sur les salaires, l’emploi, les conditions de travail. Il faut aussi rompre avec les politiques d’austérité et utiliser l’argent des contri­buables pour développer des services publics de qualité et préserver l’environ­nement.

C’est le message qu’a porté le peuple grec en votant massivement pour Syriza. C’est aussi le message qu’ont porté la CGT et les autres organisations syndicales lors de la manifestation du 26 janvier contre le projet de loi Macron.

Nasser Mansouri Guilani

Responsable du pôle Économique

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Rédigé par aragon 43

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Publié le 3 Janvier 2015

VOILA LA REALITE DU SYSTEME
VOILA LA REALITE DU SYSTEME

Depuis hier, les médias nous rabattent les oreilles sur le brave Piketty qui auraient découvert les défauts du système capitaliste et s'érigerait contre les inégalités. Bref une excellent pub pour son livre que j'ai lu et qui ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes d'un système que Marx a certainement mieux traité les raisons et les conséquences.

Je vous livre un article intéressant d'Economie et politique, la revue du PCF sur ces questions.

Bernard LAMIRAND

Thomas Piketty et le capital au XXIe siècle : Critique sociale superficielle, conservatisme et charlatanisme statistique

Thomas Piketty nous apprend dans son ouvrage intitulé Le capital au XXIe siècle que les inégalités ont augmenté. Merci beaucoup. On avait remarqué. L’establishment médiatique américain a apprécié. Les économistes établis aussi : la très orthodoxe European Economic Association lui a décerné son prix. Étrange… ? Pas tant que cela. D’autant qu’il s’agit de jeter Marx par-dessus bord. Ce qui n’est pas très original !. Mais, ô étrange étrangeté, ni banques, ni crédit, ni activité de la finance dans les 970 pages de l’ouvrage. Ni même l’essentiel du capital des entreprises. Basses et bien trop concrètes choses.

Thomas Piketty nous explique doctement (en 970 pages, et donc forcément ça impressionne…) qu’il n’y a presque rien à faire. La période d’après 1945 aurait été une exception absolue dans l’histoire des deux derniers millénaires (si, si ! ses graphiques vont jusque-là !) que nous ne retrouverons jamais. La prééminence du capital [réduite ici à la prééminence des revenus des ménages détenteurs de riches patrimoines] est fatale. On ne pourrait qu’écorner cette logique, grâce à la fiscalité, seul instrument jugé efficace. Et encore, il faudrait un impôt mondial sur « toutes les fortunes de la planète » (rien sur les entreprises, on est dans le capitalisme version people du magazine Forbes), un impôt issu d’une entente supranationale entre « l’ensemble des nations du monde ». Exit le crédit, sa maîtrise, les banques (comme le remarque aussi G. Giraud), ce qui est quand même fort de café pour un livre traitant du capital au XXIe siècle après la crise financière de 2008 ! Pas de FMI évidemment. Exit aussi la tension possible, pour ne pas dire la contradiction, entre croissance des revenus du capital (et du capital lui-même) et exigence d’un développement radicalement nouveau des capacités humaines de tous. D’ailleurs l’auteur nous dit bien que « le rôle principal de l’impôt sur le capital n’est pas de financer l’État social mais de réguler le capitalisme » (p. 840).
On ne pourrait que corriger un petit peu le système. La faute à une prétendue loi naturalisée, maniée comme la « formule du professeur Sato » dans la BD Black et Mortimer. C’est « l’inégalité fondamentale » rk>gy : le taux de croissance des revenus du capital, K, serait durablement et en tendance supérieur au taux de croissance du PIB, Y, qui est aussi l’ensemble des revenus. Cette « loi » repose sur une vision très idéologique et néoclassique des revenus et de la production. Notons juste que l’inégalité du docteur Piketty, rk>gy, « porteuse, nous apprend-il, d’une logique implacable » (p. 57), suppose que le capital, accumulant son revenu, peut croître durablement plus vite que le revenu total. Comme si le revenu du capital ne provenait pas du revenu total… ! On est en pleine théorie néoclassique de la répartition des revenus où le capital produirait son propre revenu de son côté, tandis que « le travail » produirait le sien, le PIB n’étant qu’une addition comptable de ces deux revenus. Cela revient à ignorer une grande partie de l’analyse économique. Pas de crises, bien évidemment, hormis des guerres « exogènes ». À l’appui de son « inégalité fondamentale », l’auteur utilise deux égalités interprétées avec les néo-classiques de façon fort discutable comme des lois générales porteuses de causalités (1). Sous couvert de désidéologisation c’est l’idéologie du marché neutre et sans rapports de forces ni de pouvoirs, conjuguée à des chocs « exogènes » dans la société (guerres, nationalisations, fiscalité, etc..) séparée de l’économie. Bref, l’ouvrage de Th. Piketty est un essai partisan et conservateur, tout à fait respectable en cela, sauf qu’il prétend être scientifique avec un apparat statistique massif pourtant biaisé, fort approximatif et très idéologique.
Notons, comme l’a remarqué Pierre Jaxel-Truer, une originalité de l’ouvrage, qui peut expliquer son succès aux États-Unis il avance que l’augmentation des inégalités n’est pas liée aux différences de « mérite » mais à la détention du patrimoine, contrairement au mythe capitalisto-américain de l’enrichissement à la portée de tous… Bref la thèse d’un bon social-libéral, comme le suggère implicitement de Lagasnerie dans Libération « À la logique de la rente et de l’héritage, il oppose ce que serait la société qu’il faudrait consolider […] Il n’est jamais question de domination sociale et culturelle, d’exploitation […] d’aliénation au travail, de classes […]. Il poursuit fidèlement la tâche que se sont fixée ces deux auteurs [P. Rosanvallon et F. Furet] : annuler la problématique des classes sociales et des dominations comme constitutive de toute pensée de gauche […] L’ouvrage de Piketty est construit sur Mille pages pour quoi ? Pour proposer une taxe sur le capital. […] Pour conserver l’ordre ancien. »

Le capital des entreprises presque entièrement exclu

L’auteur commence son entreprise par une définition très critiquable du capital, qui réduit celui-ci au patrimoine des ménages et de l’État. Et donc il commence par exclure du capital tout le capital des entreprises, rien de moins ! Il le fait de façon plutôt subtile, voire pernicieuse : « Dans le cadre de ce livre, le capital est défini comme l’ensemble des actifs non humains qui peuvent être possédés et échangés sur un marché » (p. 82). Il semblerait que tout est inclus. Et pourtant, il en manque. Et beaucoup. Th. Piketty va considérer en effet que les entreprises et les banques ne peuvent pas posséder de capital. C’est que, selon lui, seules les personnes physiques (ou l’État) pourraient posséder du capital. D’où la précision page suivante : « le “capital” dans le cadre de notre livre, regroupe donc toutes les formes de richesse qui peuvent a priori être possédées par des individus (ou des groupes d’individus) et transmises ou échangées sur un marché sur une base permanente. En pratique, le capital peut être possédé soit par des individus privés (on parle alors de capital privé) soit par l’État ou les administrations publiques (on parle de capital public) » (p. 83). Certes concède-t-il « il existe également des formes intermédiaires de propriété collective par des personnes morales poursuivant des objectifs spécifiques (fondations, églises) » (p. 83-84). Mais cela est fait pour brouiller les pistes.
En réalité le choix fait par Th. Piketty est le suivant. Lorsque le capital de Peugeot est accumulé par la famille dans la société PSA et reste au sein de celle-ci cela ne va pas compter ! De même pour Liliane Bettencourt et le capital qu’elle va laisser s’accumuler chez L’Oréal, qui le vaut bien ! Pour Peugeot ne vont compter dans le capital du docteur Piketty que les titres que la famille détient (on peut concéder que leur évaluation boursière reflétant en outre le jugement des marchés sur la richesse globale de la société, mais c’est loin de faire le compte). Or, si l’on regarde précisément les comptes de PSA, la tête de groupe de Peugeot-Citroën, les actions ne représentent que 0,355 milliard d’euros (dont 25 % détenus par la famille Peugeot via sa Holding financière) mais les réserves accumulées dans PSA s’élèvent à 6,9 milliards d’euros, soit 19,4 fois plus, et à l’actif de l’entreprise on observe 11 milliards d’immobilisations matérielles, et au total 59,7 milliards d’euros de capital dans cette tête de groupe (2). Ce qui n’empêche pas la famille Peugeot d’y détenir le pouvoir car elle peut y prendre les décisions, contrôlant une majorité relative des droits de vote (38 %). Ce n’est pas du tout anecdotique. C’est au cœur du fonctionnement du capitalisme dont l’entreprise et les titres financiers sont des institutions centrales. Cela a pour nom « l’effet de levier groupe » et permet de minorer le montant de capital avancé par les capitaux dominants pour un même capital total utilisé. C’est le capital au XXIe siècle. Mais la définition de Th. Piketty passe tout cela à la trappe… ! Or il s’agit non seulement d’une part énorme et essentielle de la richesse des individus de la famille Peugeot, mais aussi d’une part fondamentale du capital utilisé par les entreprises, et la relation entre ces deux composantes, via l’effet de levier groupe, est un maillon crucial de la réponse à la suraccumulation du capital (3). En outre, les sociétés peuvent être détenues par des sociétés non résidentes, dont apparemment Th. Piketty exclut le capital de ses calculs.
Ainsi, notre auteur explique : « Nous utiliserons les mots “capital” et “patrimoine” de façon interchangeable » (p. 84). Réduisant le capital au seul patrimoine des ménages.
On voit que ce choix met complètement de côté 97 % (11 milliards d’euros - 0,355 milliard d’euros) de la valeur des équipements nécessaires à PSA pour produire les fameuses « richesses »… et donc pour produire ces fameux « revenus » à « répartir » ! C’est-à-dire que le besoin même de capital pour produire, le besoin d’investissement est complètement ignoré, les enjeux autour de l’utilisation des machines, de leur amélioration, etc. C’est pourtant un des points cruciaux du rapport capital-produit : la question de l’efficacité productive et des gâchis du capital : pour une production donnée faut-il trop de capital ? de plus en plus ? de moins en moins ?

Le capital produit… sans travail ni travailleurs

Comprendre cette relation en partie variable entre quantité de capital et production nécessite de réintroduire le travail et les travailleurs, ainsi que la technologie. En effet, outre la qualité de l’investissement, dans la réalité trois éléments fondamentaux rendent compte de l’efficacité de la production, et donc de l’importance relative du revenu distribuable. Ce sont : (1) le travail fourni, son efficacité, ses conditions d’exercice, son intensité, sa pressurisation possible, etc. ; (2) les qualifications des travailleurs eux-mêmes (dépendant tout particulièrement de leur salaire présent, de leurs conditions de vie et des services publics d’éducation) ; (3) la technologie.
La formulation même des termes « opposition capital/travail » est donc biaisée.
Dans ce sens l’usage du mot « actif » pour définir le capital pourrait mettre la puce à l’oreille. Sous une apparence neutre et comptable, il est très idéologique : il signifie que le capital est « actif », l’auteur nous affirme en fin d’ouvrage : « une fois constitué, le capital se reproduit tout seul (sic !), plus vite que ne s’accroît la production » (p. 942). Une perle !
Il faut reprocher à Piketty cette théorie et non une absence de théorie comme le fait Husson (2014).

Une approche néoclassique clivant production et répartition et ne rendant compte ni des crises ni des transformations systémiques

Pour se développer plus vite que le revenu total, le revenu du capital (le profit) doit s’affronter au revenu des travailleurs (conflit de répartition et lutte des classes) et peser dessus. La limite que Th. Piketty ne veut pas voir renvoie précisément à la suraccumulation : un trop-plein de capital accumulé par rapport aux exigences de rentabilité et à la production des revenus, y compris du revenu du capital.
Mais Th. Piketty prête doctement à Marx comme « principale conclusion ce que l’on peut appeler le principe d’accumulation infinie ». Bref tout le contraire de la suraccumulation au cœur pourtant des travaux de Marx. Et si frappante dans la crise actuelle…
Par ailleurs, il faut bien voir que les choses ne sont ni linéaires ni absolues, dans le sens de Piketty, ni linéaires dans un sens catastrophique. Le capitalisme est un système intelligent et souple, et les luttes sociales créatrices en participent. On a des crises, de moyenne et de longue période, et des transformations, plus ou moins profondes au-delà des effondrements et des disparitions de valeur dans des guerres. Pour dire les choses de façon simple, voire simpliste, au-delà d’un « écrasement » des salariés, on peut avoir une intensification du travail et une extension de la même technologie, avec remplacement des travailleurs par les machines (en moyenne période). Mais aussi, des crises de longue période. Et, contrairement à ce que pense Piketty, mais aussi un certain nombre d’économistes trotskystes, ce ne sont pas les destructions de la seconde guerre mondiale qui ont permis au capitalisme de surmonter sa crise, mais ses transformations sociales (Sécurité sociale, nationalisations, rôle nouveau de l’État dans le crédit, éducation obligatoire et généralisée) et technologiques.

Des statistiques ahurissantes et des procédés graphiques inacceptables

Mais, dira-t-on, tout son discours est appuyé sur une masse de statistiques conséquentes. Et donc devrait être accepté au nom de l’empirie ?
Eh bien, non. Même si certains critiques, comme Boyer ou Husson, accréditent malheureusement ses statistiques, au motif que Piketty fourni un grand nombre de chiffres sur les inégalités.
Premièrement, rappelons que ses statistiques reposent comme on l’a vu sur une délimitation fort contestable de ce qui est mesuré, le capital. On ne sait pas ce que l’on trouverait si on utilisait une autre définition du capital, incluant vraiment celui des entreprises, au lieu de la petite partie reflétée dans le patrimoine des ménages (il faudrait d’ailleurs traiter aussi autrement des logements des ménages).
Deuxièmement, les données elles-mêmes sont fort critiquables (4). Leur transparence est toute relative malgré l’avalanche de pages et le nombre conséquent de graphiques : la source mentionnée est… le site de l’auteur !! On trouve indiqué au bas des graphiques « source : piketty.ens.fr ». Et lorsqu’on va sur le site indiqué, à nouveau rien n’est clair, ni bien transparent.
Surtout, nous nous trouvons gratifiés de graphiques vraiment farfelus et faussés où le rendement du capital est donné sur 2 000 ans (oui deux mille !), sans se soucier même de ce que peut signifier la catégorie « capital » à travers les âges et les types de société. Le docteur Piketty réussit ainsi à estimer le capital à l’époque de Jésus- Christ… Et, tour de force, il nous le donne avant et après impôts ! (p. 562 et 565). De la haute fantaisie. Et il y a plus : les mêmes graphiques ont une échelle élastique, avec la même longueur d’abscisse pour 1 000 ans et pour 47 ans… ! Tout cela pour mettre en regard d’un taux de croissance de la production un rendement du capital arbitrairement fixé à 5 % de façon presque permanente dans le temps. Il prolonge la courbe un siècle au-delà de notre période, sans distinguer clairement non plus ce qui n’est qu’une projection. Il suppose une diminution de la croissance du revenu durant tout le prochain siècle et en conclut ce qu’il a inséré comme hypothèses : la croissance du revenu global est et sera plus faible que le taux de rendement du capital (qui est aussi son taux de croissance). La période 1950-2012 serait une exception dans l’histoire de l’humanité.
Et c’est là que le bât blesse. On ne trouve pas d’autre mot que celui de charlatan, même si l’on sait bien qu’on s’empressera de nous le reprocher. Pensez-vous, quelqu’un d’aussi bien établi ! Et avec des monceaux de données… !
Par ailleurs, beaucoup de données sont interpolées, estimées, ce qui est inévitable pour des données historiques portant sur au moins deux siècles (ou plus, comme on l’a vu), mais les choix présidant à ces estimations sont largement ad hoc, sans mention de fourchette, sans courbes alternatives. L’auteur renvoie à une « annexe technique » introuvable dans l’ouvrage et disponible seulement sur internet. Celle-ci rassemble les différents ouvrages et articles de l’auteur mais explicite fort peu les chiffres… On trouve le document Piketty, Zucman (2013) où, pour la France, qu’on connaît mieux, pour les années antérieures à 1949 non publiées par l’Insee, rien n’est véritablement explicité, si ce n’est un renvoi aux travaux de ... Th. Piketty et une série d’hypothèses de taux de croissance ou de ratio sans justifications argumentées.
Certaines explicitations, données dans l’ouvrage, laissent entrevoir le pire en matière de données ad hoc : ainsi pour commenter des graphiques commençant en 1820, il nous explique qu’il a additionné l’ensemble des revenus du capital « répertoriés dans les comptes nationaux » (p. 319)… sauf qu’il n’existe pas de comptes nationaux pour ces époques… ! Ou encore « rappelons tout d’abord que le taux de conversion traditionnel entre capital et rente aux XVIIIe et XIXe siècle […] est généralement de l’ordre de 5 % » (p. 326) et l’on retrouve le 5 % de rendement du capital (5).
Au total, sous une critique des inégalités en apparence anodine et sympathique, Th. Piketty défend une thèse très conservatrice, reposant sur des fausses évidences, des idées convenues. C’est l’économie des lieux communs, où les corrélations entre statistiques parfois douteuses se substituent aux causalités, une vision économique cohérente avec la théorie dominante, une théorie, avec l’absence des entreprises, mais aussi de leur capital – réduit explicitement par l’auteur à la fortune personnelle des ménages… ! Bref une machine contre la transformation sociale véritable, les idées révolutionnaires et le marxisme. Ce qu’annonce l’allusion à Marx dans le titre. Il s’y combine des statistiques déformées ou invérifiables, voire farfelues, des graphiques à la limite du charlatanisme. Tout cela sous une apparence de haute scientificité et de transparence qui impressionne plusieurs commentaires critiques de gauche…
Ces statistiques pipées permettent d’ailleurs à Th. Piketty de faire fi en quelques pages, et sans véritable argument, des controverses profondes et pourtant fort instructives entre des économistes comme Keynes, Marx, Ricardo, Solow, Kaldor, Harrod, Domar. Excusez du peu !
En réalité, Thomas Piketty s’engouffre d’une part dans la réduction généralisée de Marx à une vulgate de la dénonciation de l’opposition entre riches et pauvres (6). Tout le contraire d’une analyse de classe, liée au rôle des travailleurs dans la production et au type de revenus perçus. Tenez-vous bien, il y a des références à Balzac et à Jane Austen ! (oui, mais Balzac sans banquiers ! ce qui est vraiment très fort). D’autre part, au-delà des approximations fort élastiques sur les dates, les chiffres et les statistiques, il s’engouffre dans la brèche de l’ignorance du cycle long par tant d’économistes.

Quid des inégalités ?

Si l’on en croit les statistiques de Piketty sur les inégalités récentes de patrimoine entre les ménages (les statistiques qui semblent les moins sujettes à caution), il semblerait en effet qu’elles se soient accrues durant les dernières décennies.
Mais premièrement, loin de retrouver leur niveau de 1910 et de signaler le triomphe du capital et du rentier, les inégalités de patrimoine restent d’après ses propres chiffres bien inférieures à celles-ci. Pour la France (p. 542), les 1 % de personnes (ou ménages ?) les plus riches auraient certes vu leur part recommencer à croître depuis 1990, mais en passant de 20 % du patrimoine détenu à 25 %, contre un niveau entre 45 % et 60 % de 1810 à 1910 !
Et à nouveau nous avons des courbes à échelle élastique (p. 436). Avec un même pas d’échelle pour décrire les personnes situées entre le centile 90 et le centile 95 du patrimoine, et pour décrire les personnes du dernier millime. Donc 50 fois trop grand ! Quel est le résultat ? C’est qu’au lieu que la courbe des revenus du capital s’envole pour les 50 000 personnes les plus riches en patrimoine (1 millième de 50 millions d’adultes = 50 000), on a une droite régulière. Les cadres moyens et supérieurs salariés (qui font partie des centiles 90 à 95) ou les dirigeants de TPE semblent logés à la même enseigne que les super capitalistes comme Liliane Bettencourt et la famille Peugeot.
C’est d’ailleurs aussi le point sur lequel Kuttner a choisi de concentrer sa critique de Piketty : il range dans un même tout l’accroissement des inégalités et des problèmes de croissance des revenus de tous les salariés après-guerre parce que les salariés supérieurs ont plus crû que les autres, sans insister sur le retournement de l’ensemble du monde salarial à partir des années 1980.
Et de façon cohérente, Th. Piketty nous propose, de façon insidieuse, deux mondes qui traversent le salariat lui-même au lieu d’opposer les détenteurs de grands capitaux dominants au reste de la société du précaire au chercheur, en passant par l’ouvrier, l’infirmière, le prof et l’ingénieur jusqu’à l’intermittent du spectacle (et de montrer éventuellement comment certains hauts salariés sont intoxiqués par la logique du capital et intégrés à sa logique, quand une partie de leur propres revenus viennent de placements financiers). Pourtant les statistiques de l’Insee nous apprennent que 126 grands groupes d’entreprises multinationaux à contrôle français emploient directement 40 % des salariés des entreprises et contrôlent la moitié des profits d’exploitation en France (Insee, 2013).

Que faire ?

Le livre de Piketty a le grand mérite de réintroduire l’exigence de statistiques de longue période, fiables, sur le capital. Et ce n’est pas rien. Mais il le fait avant tout par ses manques et défaillances. Il souligne aussi le rôle décisif de la question du rapport capital/produit. Mais bien évidement à nouveau « en creux » : au rebours d’une stabilité de ce ratio : qu’en est-il de son évolution dans les différents pays ?
Mais, au-delà du diagnostic, se pose la question des alternatives.
La logique interne de l’ouvrage de Piketty montre bien la cohérence comme les limites d’une alternative fondée sur une fiscalité étroitement redistributive et correctrice. Non pas qu’il n’en faudrait pas, ni qu’elle n’a pas besoin d’améliorations fortes. Mais plutôt qu’elle ne fonde pas une alternative de société, ni même une issue à la crise profonde.
À son corps défendant, ses absences, ses failles indiquent où se situent les enjeux majeurs du débat social sur l’économie : la création monétaire et le crédit, la maîtrise de l’utilisation du capital dans les entreprises, une répartition active portant sur le développement des gens et leurs capacités, donc sur les dépenses pour les services publics. À ce stade il est intéressant de noter que la critique la plus pertinente que nous avons lue de cet ouvrage émane d’hétérodoxes qui, comme Gaël Giraud, cherchent dans ce même sens de la création monétaire et de dépassement historique du capital et de sa domination sociale, ou de spécialistes de sciences sociales cherchant à articuler luttes des classes, sociétés et économie de la production.
La question d’un véritable pacte de responsabilité sociale pour les institutions productives que sont les entreprises est aujourd’hui posée dans les faits ! Pour une gauche et des progressistes n’opposant pas demande et offre, répartition et production, sans céder aux illusions du soutien du profit égoïste comme solution des difficultés sociales.
Au rebours, Th. Piketty cherche en conclusion de son ouvrage à attirer le débat dans les ornières du « bon niveau du déficit public », que devrait seulement fixer le débat démocratique. Là l’économie et ses contraintes ont disparu. Il ne traite pas de la question de l’utilisation de la dépense publique – où et pour faire quoi – qu’il s’agisse de la dépense budgétaire issue du produit des impôts, ni encore de la création monétaire que peuvent réguler en dernière instance les puissances publiques à travers les banques centrales, dont la BCE, et au niveau mondial le FMI. Là se situe pourtant à notre sens une « nouvelle frontière » démocratique majeure pour les progressistes : ne séparant pas la délibération sur les objectifs de société, les coûts du capital, les critères techniques d’utilisation des fonds et les pouvoirs des gens eux-mêmes.

Références

– Boyer Robert, « Le capital au 21e siècle », Revue de la régulation, automne 2013.
– Giraud Gaël, « Quelle intelligence du capital pour demain ? Une lecture du Capital au XXIe siècle de Th. Piketty », Miméo, CNRS, École d’Économie de Paris, Centre d’Économie de la Sorbonne, labex REFI, 2 janvier 2014.
– Husson Michel, « Richesse des données, pauvreté de la théorie », Contretemps, février 2014.
– Insee (2013), « Les entreprises en France », collection « Insee-Références », 2013.
– Jacoby Russel, « Thomas Piketty ou le pari d’un capitalisme à visage humain », Le Monde Diplomatique, août 2014.
– Jaxel-Truery Pierre, « Thomas Piketty, pourquoi ses courbes affolent la planète », M. Le magazine, supplément du Monde, 28 juin 2014.
– Kuttner Robert, « What Piketty Leaves out », American Prospect, 2014.
– De Lagasnerie Geoffroy, « Le manifeste inégalitaire de Thomas Piketty », Libération, octobre 2013.
– Piketty Thomas, Le capital au XXIe siècle, Les livres du nouveau Monde, collection dirigée par P. Rosanvallon, éditions du Seuil.
– Piketty Thomas, Zucman Gabriel Capital is Back. Wealth-Income Ratios in Rich Countries, 1700-2010, Data Appendix, Paris School of Economics, décembre, 2013. n

(1) Thomas Piketty pose : α = r.β et β = s/g
Avec des lettres grecques, ça fait plus scientifique… La première équation peut s’écrire P/VA = P/K.K/VA, avec P= profit, VA = valeur ajoutée (donc le PIB) et K = le capital. C’est une décomposition tautologique de P/VA (part des profits dans la VA) : on multiplie et on divise par K, ce qui permet d’obtenir que la part des profits dans la VA est le produit du taux de profit (P/K) et du rapport capital/produit (inverse de l’efficacité du capital ou de l’indice de sa composition organique). Mais cela n’exprime pas une causalité. La seconde équation est bien plus problématique. Elle stipule que le rapport capital/produit (K/Y ou K/VA, nommé β) est égal au rapport entre le taux d’épargne (s) et le taux de croissance de la VA (g). Cela suppose que le taux de croissance de K est égal au taux de croissance de l’épargne, ce qui revient à supposer (1) que l’investissement I est égal à l’épargne S, et met donc de côté le crédit ainsi que la thésaurisation, (2) qu’il n’y a pas d’inflation, ou en tout cas pas d’inflation différente pour le capital et pour les autres biens ! Ennuyeux pour un ouvrage de 970 pages sur les inégalités et la répartition des revenus sur plusieurs siècles… (3) que le renouvellement et l’obsolescence du capital ne comptent pas . Enfin, last but not least, K/Y est supposé constant… ! Pas de crise d’efficacité ! Même R. Boyer est gêné par cette façon de postuler la stabilité du rapport capital-produit.
(2) Ceci, avant l’accord de la famille Peugeot et de l’État Français avec l’État chinois et DongFeng, dans lequel chacun va détenir 0,8 milliard d’euros.
(3) Par une dévalorisation des autres capitaux, ne recevant pas leur taux de profit « normal ».
(4) C’est d’ailleurs ce qu’ont tout de suite remarqué les financiers anglais du Financial Times, orfèvres en matière de chiffres… : « Dans ses feuilles de calcul, [...], il y a des erreurs de transcription à partir des sources originales et des formules incorrectes [...] Il apparaît également que certaines données sont sélectionnées ou construites sans source originale ». La réponse de l’auteur est largement insuffisante : « les données qu’on a sur les patrimoines sont imparfaites mais d’autres comme les déclarations de succession sont plus fiables. Je fais cela en toute transparence. Je mets tout en ligne » (cité par Le Monde du 25 mai 2014).
(5) Par exemple : pour le XIXe siècle : « nous partons des patrimoines au décès, mais nous repondérons chaque observation en fonction du nombre de personnes vivantes au sein de cette classe d’âge au cours de l’année considérée ». Ou encore, pour avant 1700 « j’ai retenu un rendement pur [du capital] de 4,5 % » (p. 562), « Pour le XXIe siècle j’ai supposé que la valeur observée au cours de la période 1990-2010 [...] allait se prolonger mais tout cela est bien sûr incertain [...] il existe des forces poussant vers une diminution de ce rendement, et d’autres allant dans la direction de son augmentation » (p. 562-563). Il faut savoir : soit c’est incertain et alors il ne faut pas tirer des conclusions aussi tranchées, soit c’est certain et il faut alors le montrer vraiment ! Souvent un taux observé ponctuellement sert à prolonger toute une courbe sur plusieurs années. Encore une fois, cela ne serait pas illégitime, si précisément ces hypothèses n’étaient pas ensuite commentées comme des résultats en tant que tels.
(6) Aussi, N. Baverez peut dénoncer chez Piketty un « marxisme de sous-préfecture » (Le Nouvel Observateur, mai 2014).

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Publié le 21 Décembre 2013

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Publié le 28 Juillet 2013

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Publié le 10 Juin 2013

MONTEBOURG : JE NE PNEU RIEN FAIRE

MICHELIN : QUAND LE MINISTRE SE DEGONFLE

Ce jour, Michelin vient d’annoncer la suppression de 730 emplois à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) à partir du 1er semestre 2015.

En même temps d’autres suppressions d’emploi avaient lieu dont à Virgin-Mégastore.

Le patron de Michelin qui vient de faire des profits énormes a donc décidé de mettre par terre cette usine.

IL indique, pour que la pilule soit moins amère, qu’il investira un milliard en France.

Pas un mot pour les travailleurs de cette usine… si… ils sont improductifs. Ce qui compte dit-il, c’est la productivité, en gros le rendement maximal et pour cela il délocalise en Chine.

Mais il rassure : « ce sont des productions qui resteront là-bas ».

On connait ce raisonnement déjà très usé par les patrons du textile quand ils fermaient leurs usines dans le Nord. C’est aussi le cas de Renault avec les productions des pays de l’est.

Il restait à savoir ce qu’en pensait le terrifiant ministre du développement industriel, le dénommé Montebourg.

Eh bien, Montebourg se satisfait des investissements en France, il regrette pour les ouvriers de Joué-lés tours ; il semble qu’il est prêt à verser une toute petite larmichette.

Pour se tirer des pattes face aux journalistes qui l’interviewaient, l’ex-dompteur des patrons leur répondit qu’il va leur demander des précisions.

Peut-être utilisera t’il la boite à outils de Hollande dont on sait qu’il y a un vieux pied à coulisse pour mesurer l’épaisseur des licenciements.

Avec Montebourg, pas question de regonfler les pneus du social.

Bernard LAMIRAND

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Rédigé par aragon 43

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