HOLLANDE A DECOLLE DU BOURGET : POUR OU ?

Publié le 22 Janvier 2012


Une analyse plus fine méritera d’être faite par le Front de Gauche et les communistes sur ce discours de présentation de la candidature de Hollande, ce dimanche, au Bourget.
J’ai retenu, pour ma part, quelques aspects de son discours qui peut permettre des convergences mais aussi des divergences maintenues et assumées malgré leur incompatibilité avec l’idée d’un réel changement à gauche qui devrait être pourtant la clé de toute démarche d’un homme de gauche.
Pour les convergences, c’est encore « maigrichon », point positif, la séparation des banques d’affaires des banques de dépôts, mais rien sur le contrôle des fonds publics et encore rien de neuf sur le rôle de la BCE.
Il promet de s’attaquer aux paradis fiscaux :  tant mieux ! Mais il faudra prendre alors  d’autres mesures que de faire une annonce :  un tel engagement devrait en effet remettre en cause non seulement des banques mais aussi les multinationales françaises qui ont pignon sur rue dans ces pays.
Pas un mot sur la remise en cause du traité constitutionnel qui permet à l’économie libérale de se déployer et de prospérer : Hollande ne choisit que les excès tels les stock-options, les fraudes, les avantages tirés des niches fiscales par les plus riches, ce qui est notoirement insuffisant pour mater la spéculation financière internationale qui vient d’un capitalisme en crise systèmique.
Le plus étonnant fut le choix de son adversaire. Un adversaire, dit-il, qui n’a pas de visage ni de nom : la finance. Cela parait comme une posture, car le fait d’indiquer que son adversaire c’est la finance mérite interrogation.
Que ce soient les magouilleurs, pas de problème.
Mais la finance c’est un art de manier la circulation de l’argent, de frapper la monnaie, toute forme de société a besoin de cette branche de l’économie :  c’est aussi un outil qui peut être utilisé différemment selon celui qui le maitrise.
Pour l’instant c’est le capital qui le maitrise, c’est lui l’adversaire. Il faut appeler un chat un chat. Mauvaise pioche donc.
L’art de la finance sert pour prêter, payer, distribuer selon les conditions du profit ou du partage de la richesse. La finance peut bien sûr être dévoyée, servir des intérêts égoïstes, comme par exemple une poignée de nantis qui se partagent les plus values, y compris dans cette période de crise, et qui font fortune en prenant toujours plus sur le prix de la force de travail en appauvrissant le monde du travail comme c’est le cas actuellement dans tous les pays d’Europe sous les auspices de gouvernements qu’ils soient socialistes ou de droite.
S’attaquer à la forme de la financiarisation capitaliste :  voilà la vrai cible.
Hollande désigne des malfrats ( banquiers véreux, fraudeurs, spéculateurs,) mais ne vise pas le capital en lui-même qui organise l’accaparement des richesses créées.
Concernant les gens, dont il dit qu’il les aime, on aurait aimé qu’il prend position pour leur donner tout de suite des augmentations de salaires et du boulot. Peut-être en parlera t’il lors de la présentation de son projet chiffré ?
Concernant les retraites, il propose d’examiner l’âge de départ en retraites pour les professions pénibles et s’en remet sur le fond à une négociation sur la retraite avec les organisations syndicales. Il en reste à octroyer la retraite à 60 ans  que pour ceux ayant 41 ans et demi de cotisations et indique que sur l’ensemble du dossier de la Sécurité sociale, la CSG pourrait être mis en avant, ce qui est , tout compte fait , une façon d’en finir avec les cotisations sociales de l’entreprise et des salariés :  cette CSG frappera tous les revenus avec le même pourcentage. Les actionnaires bénéficieront de rentrées importantes des cotisations de l’entreprise qu’ils pourront aisément s’accaparer au moment de la distribution des dividendes.
Une autre mesure risque de faire débat, c’est le nombre de fonctionnaires. Hollande promet de ne plus appliquer les mesures de Sarkozy de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Mais il gèle du même coup les effectifs au niveau actuel. Avec un tel objectif, il ne se donne aucunement les moyens de mettre en œuvre une politique d’éducation nationale, de retour à l’hôpital publique en détruisant la loi HPST et  de développer les services publics.
Son discours sur l’industrie marque une volonté de reconquête, mais pour une telle visée, il faut s’attaquer à cette Europe du capital qui a démoli, à coup de délocalisation l’industrie de notre pays.
Il n’en parle pas.
Ce mot capital ne sera d’ailleurs jamais prononcé dans son discours, ni d’ailleurs ce libéralisme destructeur, qui a  fait son nid en Europe avec la libre circulation des capitaux ( traité de Maastricht)  puis traité constitutionnel de 2005 qui permet le marché libre et non faussé auquel Hollande, faut-il le rappeler s’est prononcé pour lors du référendum et lors du traité de Lisbonne bafouant le vote du peuple.
Enfin que dire de la dette, d’un premier temps nécessaire pour assainir la situation et dans un deuxième temps de passer à la redistribution.
Assainir sans relancer l’économie et en faisant payer ceux qui n’en sont aucunement responsables, c’est la politique actuelle, Hollande parle de punir les spéculateurs : alors il doit donc viser que ceux-ci. Cela ne semble pas être le cas avec sa proposition de la rendre équitable. Quand à La redistribution, elle risque d’être le cadeau de consolation s’il reste quelque chose, bien longtemps après que les travailleurs aient payé l’essentiel de la dette des spéculateurs.
Finalement ce discours, vise seulement à se présenter comme le seul recours face à Sarkozy et s’il y a quelques ouvertures vers un discours plus à gauche, il reste néanmoins qu’Hollande vise plutôt à être présentable pour recueillir les voix du centre droit, déçu du Sarkozisme, au second tour.
S’il a bougé sur quelques point, notamment sur les banques, s’il essaye de gauchir sa démarche, c’est certainement que le travail d’explications des communistes et du Front de gauche commence à porter ses fruits et à  payer :  cela montre que le projet partagé du front de Gauche avec la candidature de Mélenchon peut être mobilisateur et faire bouger les lignes, y compris du parti socialiste.
Raison de plus, pour être, en ce moment, à la tête des luttes, à combattre le Front National, à expliquer que c’est à partir d’un projet résolument de gauche que les choses peuvent changer et qu’une vraie union de la gauche pourra alors se dessiner pour le deuxième tour avec le candidat de gauche arrivé en tête.
Pour cela le vote Front de Gauche aux présidentielles et aux législatives est la clé essentielle.

Bernard LAMIRAND

Rédigé par aragon 43

Publié dans #politique

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article