LA GREVE QUELQUE CHOSE DE PRECIEUX

Publié le 22 Janvier 2020

LES FORMES DE GREVE AUJOURD'HUI ET DEMAIN

Depuis quelques jours les travailleurs en luttes pour les retraites sont victimes de la répression de l’Etat et des patrons du privé comme des services publics.

Tout est fait pour empêcher les revendications de s’exprimer par la lutte que ce soit par la grève, les manifestations, le blocage d’outils de production et les expressions des salariés-es et des retraités-es en direction du pouvoir et du patronat.

Le concours à charge des médias est manifeste pour démolir l’idée même de la grève.

Le syndicalisme est-il dans son rôle d’utiliser le rapport de forces pour contraindre les pouvoirs à accepter de se mettre à la table de la négociation sur les retraites ?

Devrait-il se conformer aux rites de la société libérale, de la concertation, de ne discuter que des décisions prises par les tenants de cette société libérale ?

C’est tout l’enjeu et c’est la démocratie au travail qui est au cœur de la bataille actuelle.

Est-ce que nous devrions n’être que l’appendice des décisions de l’idéologie dominante dont on voit avec quelle violence elle s’exprime en direction du monde du travail ?

Certainement pas !

Le syndicalisme, c’est la défense des intérêts des salariés-es et des retraités-es. L’intégration idéologique, c’est l’acceptation du mode de fonctionnement d’une société de plus en plus inégalitaire, injuste, violente envers ceux et celles qui la combattent.

Nous assistons en ce moment au déchainement du système parce que la lutte engagée par les organisations syndicales, qui n’acceptent pas la réforme Macron sur les retraites, remet en cause cette autocratie et cette intégration qui trouve aussi son corollaire dans le nouveau « code patronal » et non plus code du travail de plus en plus dépouillé de droits pour les travailleurs.

Les violentes attaques contre la CGT et de son Secrétaire général Philippe Martinez montrent à quel point ce système veut garder la main à tout prix y compris en allant jusqu’à accuser la CGT et son secrétaire général de ruiner la France.

Mais qui ruine la France depuis des décennies sinon le capital financier qui dirige ce pays et la planète avec toutes les conséquences pour celle-ci et pour les humains qui l’habitent.

Le pouvoir pensait avoir réussi en corrompant certains syndicats et que sur les retraites la réforme pouvait être mis sur les rails en escomptant l’affaiblissement des grévistes dans les transports ; mais voilà que la CGT s’en prend directement aux outils de production et d’échanges, le cœur du système tirant les profits et  cela le pouvoir ne peut le supporter et l’on peut voir avec quelle brutalité  il utilise tous les moyens à sa disposition pour empêcher que le conflit sur les retraites prennent une dimension de masse et de classe mettant en cause sa suprématie.

En fait ce que veulent ces patrons et son pouvoir d’état, c’est bien d’empêcher le syndicalisme de jouer son rôle et de faire grève et de bloquer les moyens de productions qu’ils soient directs où indirects si nécessaire quand il n’est pas entendu.

Dans un passé pas si vieux que cela, la  grève voulait dire arrêt des outils de travail par les travailleurs concernés en utilisant non seulement leurs droits de croiser les bras mais aussi d’interdire que le travail se fasse quand la grève est décidée.

C’est toujours la façon de faire la grève quand le patronat se refuse à satisfaire les revendications des salariés-es et une grève effectivement sert à faire pression sur le capital. Toutes les grandes conquêtes sociales ont été obtenues par le rapport de force.

 Ce même patronat et ce gouvernement, soyons clairs,  veut en fait  interdire le droit de grève et même s’il jure, la main sur le cœur qu’il respecte la loi (la sienne), il fait tout ce qu’il faut pour en limiter l’exercice par des règles à respecter, par la répression, par des campagnes pour la rendre impopulaire auprès des medias qu’il contrôle. En fait pour le patronat si grève il y a , elle ne devrait se dérouler que d’une manière à ce que cela ne lui coute rien ou par exemple se contenter de mettre un brassard, de laisser circuler le courant électrique, de regarder passer les trains et  les avions et finalement de se déclarer grévistes par une pancarte à la porte de l’usine et de « fermez sa gueule ».

Dans la bataille actuelle il s’agit de renforcer le droit de la grève, il faut sortir des chantiers battus : cela nécessite de lui redonner de la dimension.

Le débat avec les salariés-es doit avoir lieu pour que la grève soit toujours décidée par eux-mêmes en connaissance de cause et en l’expliquant aux salariés-es qui en subissent des dommages collatéraux mais bien sûr en veillant à ce qu’elle ne nuit pas pour des situations particulières telles celles des hôpitaux et des malades.

Remarquons que depuis près de 50 jours la France est à l’arrêt et le pouvoir n’a  pu réussir à opposer les salariés entre eux : la réforme des retraites est rejetée par l’ensemble des français : ce n’est pas rien et c’est un acquis inestimable.

Cela dit, la grève doit s’exercer aujourd’hui avec l’évolution du travail et des moyens de production et d’échanges de plus en plus sophistiqués :  la révolution informationnelle change beaucoup de données à ce sujet et les automates remplacent des hommes et des femmes sur les chaines de production, des trains circulent et vont de plus en plus circuler automatiquement, des opérations financières et bancaires se font avec des moyens informatiques qui modifient la place des humains et permettent au capital de pousser à des productivités énormes avec peu de travailleurs .

Alors cela doit nous amener à imaginer la grève dans ces conditions et ce que font les électriciens en coupant le courant sur des installations ou des points stratégiques ou bien demain (mais déjà aujourd’hui)pour la circulation de trains et de métros sans conducteurs doit amener à organiser la grève  avec les salariés en partant de leur propre maitrise de  la marche des moyens de production et d’échanges y compris dans les entreprises privées.

Hier c’était les grèves bouchons ou perlées, interdites d’ailleurs par le pouvoir mais que nous avons maintes fois foulé au pied, j’en sais quelques chose ; aujourd’hui et demain les grèves devront automatiquement maitriser l’ensemble des outils de production et d’échanges dont le contrôle direct est assuré par des systèmes informatiques que le pouvoir et les directions se sont accaparés.

En ce sens, toutes les formes d’action doivent pouvoir s’exprimer et le syndicalisme de classe  avec les salariés-es va  avoir à inventer des interventions nouvelles dans ce processus de luttes.

Bref, le combat de classe pour la maitrise par les travailleurs des opérations de production devient un objectif majeur pour que demeure la grève,  droit inaliénable de ces mêmes travailleurs qui ne doivent en aucun cas se laisser déposséder de leurs outils de travail.

 

Bernard LAMIRAND

Rédigé par aragon 43

Publié dans #LUTTES, #SYNDICALISME

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